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16/03/2010

355. cigarette russe numéro 2


J'ai délaissé la peinture pour toi, sais-tu comment je me suis déconstruit au fond de ton ventre? J'avais créé un dessin qui se voulait preuve d'originalité, tous les jours je le déconstruisais au fur à mesure de mes envies de mass-destructions.




C'était une femme à la couleur étrange, cadavérique, une petite mort d'amoureuse retransie qui se foutait de tout. Je me suis amusé à virer la couleur de là d'un coup d'éponge. Il n'y avait plus que le sang des encres. C'est beau un dessin qui pleure parcequ'il ne veut pas mourir. Ton visage c'était le sien, celui des jours de fête, celui que je n'aimais pas car il cachait le réel. Vois-tu comment je suis redevenu fier de moi? J'ai eu ce que je voulais, je me suis joué de toi, en parfait connard je détruis maintenant la relation, ce lien invincible qui peut parfois exister entre l'élève et le maître, entre le dominant et le dominé, ou plus simplement entre le modèle et le peintre. Je ne garde même pas de toi ton portrait. Tu refuses, tu pleures, la coupe est pleine.
Pourtant tu veux que le corps exulte à ta manière, tu me rejettes bien loin de ton ventre. Je vois tes mains se pencher lentement sur les miennes, elles cherchent à me saisir, moi si jeune, redevenu vulnérable et capricieux. J'ai détruis une relation ce soir. J'ai détruis un piano également.

356. cigarette russe numéro 1


Ah mais laisse-moi seul à demi-allongé sur la table en tenant ma bouteille à la main afin qu'elle ne roule pas sur le sol au-devant de mes amis qui ont fichus le camp car je n'étais pas assez bon. J'ai les yeux fermés, un trait seulement d'ouvert, tes jambes qui s'amusent en face de moi et moi qui rigole sans trop savoir pourquoi. Je vois ces jambes de gamine, je pense à la phrase de quelqu'un qui dit que depuis que je ne connais plus X. je l'aime encore plus (il faudra comprendre par la que X. n'est pas une initiale mais une variable, une notion, une mathématique obscure au choix du lecteur).

T'as mis un bon coup de Solo ou de Featherstone dans mes écouteurs en dansant devant ma bouteille, les russes disaient bien que c'était bon pour le moral. Mais j'avais les yeux rivés sur vos pieds qui se détournaient, s'en allaient, revenaient. Vos chevilles soutenues, vos mollets, vos cuisses, regardez comme vous me mettez mal à l'aise...je me suis mis à vous vouvoyez lentement.


Il était 24 ans du soir, j'avais mes mains sur vos cuisses. Vos fesses étaient sur moi votre corps délicieux à la peau sucrée, je ne prends le bonheur que dans ma main, quand l'oiseau blanc lentement achève sa descente et qu'il le lâche d'un coup hors de son bec.

357. ce qui me faisait rire n'a plus lieu d'être


Le matin. Premiers rayons du soleil.
Une femme dans mon lit. Oubli.

Elle s'appelle Emilie. Je crois. Je ne sais plus.

Les rayons percent tout. Chaleur.

J'oblique contre la fenêtre, nu.


Je me souviens d'un temps qu'on remplissait de nos souvenirs merveilleux. A cet époque-là je n'étais pas encore devenu un vampire. La première fois que je l'ai vu il a changé ma vie, il a fait de moi ce que je suis aujourd'hui, il m'a changé pour me faire devenir lui sans oser me toucher.
Quelle force alors.


Je lis Nadja le long d'un ruisseau, la neige qui fond, le soleil qui domine l'ensemble du pays. J'entends le bruit de l'eau, je n'ai ni froid ni chaud. Tout est parfait et pourtant...
Emilie qui me surprend, elle m'embrasse, l'autre qui meurt tout doucement dans un coin que je tente d'écraser. Pourtant je sais bien que...


Nadja.


J'écoute un peu de Fersen, le chat qui gambade dans l'appartement au petit matin. Les heures qui semblent absorber le temps même. Les heures qu'on donne à la mélancolie de l'être, celle qu'il ne faut pas. Domination du moment. J'attends sans aucune patience, c'est le premier jour aujourd'hui de ma nouvelle peau, de mon nouveau visage. Je comprends finalement que la fonte a bien pris. Que le temps coule, que le temps passe, qu'en-bas tout s'agite. Dans ce grand déversoir me voici face aux démons internes, je les comprend désormais. Bientôt alors elle se réveillera en pensant à la veille quand j'étais au bord de la fonte des neiges car plus rien ne sera comme avant. J'ai changé.


Nadja-Emilie.


Il me fallait un nom de guerre, j'ai choisi le mien. J'ai capturé le visage de mon ancêtre, je l'ai placé sur le mien. J'ai paradé dans la ville et tout le monde a cru que c'était la fin. C'était vrai: les morts revenaient à la vie.


Et S. rigole sûrement dans son coin.

12/03/2010

358. de l'air, du changement, de la splendeur!


Petite fille de mes nuits, douce colombe, sourire d'acier sur tes doigts gelés, je te vois pourrir à l'ombre alors je te sors de là. Tu entends les cors célestes, tu les applaudis de ton sourire réjoui et ça me fait rire. Ma voix qui éclate est celle de la foudre, dis-tu.

Tu prends dans tes mains les miennes, petite fleur, j'aime te cueillir le matin sur la rosée gelée d'un trottoir. J'aime te secourir, j'attends avec Lucifer toute la nuit alors quand vient le jour l'Autre me doit bien ça! Et l'on regarde passer les trains quand on a deux temps de libre. On cours le long des quais en tournoyant telles des lucioles affolées qui jamais ne rentre au-dedans pour partir au-delà. C'est notre destin de petite gens.
Voilà que l'printemps revient, bientôt je t'amènerai des fleurs, je les placerai dans tes cheveux, je te ferai grimper sur un piédestal argentée afin de te prier dans la lumière d'un soleil qui nous réchauffera et l'café et l'âme. Sens-tu la joie du moment nous envahir dans nos cervelles creuses? On est devenu bête à en mourir à tordre le cou aux rumeurs folles. Jusque là il me fallait serrer les dents, entendre l'Autre dire du mal de moi sans broncher, ne jamais s'énerver, attendre l'Autre pour ne jamais voir que...

Mais tout est fini car l'Autre est moi. Tu n'es pas mon futur, mais mon présent oui. Et ça me va très bien pour le moment. J'ai besoin de ta folle vérité, de ta folle expérience, de ta folle joie, de ta folie entièrement symbolique pour me sortir de là. C'est comme attendre le roi au passage d'un train.
(à trop mourir j'en suis devenu à croiser la route de Johnny, car oui en effet, j'ai oublié de vivre. Mais la vie bien souvent n'accepte pas ça, elle vous creuse le plus possible pour vous dépasser. Vous ne pouvez lui échapper. C'est ainsi, il ne vous reste qu'à l'accepter. Le poids de vos efforts est le poids de votre âme. L'oeil humain qui en a trop vu est celui le plus à même de raconter.)
Finalement il n'y a rien de plus faux que ça: la folie est ce qui s'approche le plus de la sagesse.

11/03/2010

359. Siddharta


Ils ont volés une semaine de ma vie ceux qui s'en veulent de ma protection.

Sous prétexte qu'une fois je les ai sauvés, j'ai aimé; l'autre moi qui était un homme bon.

Me voici chancelant, démis de ma destruction.

Ils ont enlevé cette maladie que je couvais dans mon sang comme une femme attend un enfant, j'ai veillé longuement dans l'attente que ce soit faux, j'ai espéré que l'enfant se reforme.

Maintenant que je ne peux mourir de cette naissance, je vis dans l'attente. Se pourra-t-il qu'un jour..? Mais j'étais dans leur centre, les fous dansaient en cercle, des hommes décrivaient des souffrances abominables, des femmes s'imolaient le soir sous les étoiles, on empêchait les personnes de penser autrement. J'étais scandalisé par ce qu'ils appelaient une rédemption. Moi aussi j'ai parfois envie de m'imoler sous les étoiles.


Tout ça parce que j'étais soi-disant fou et qu'ils m'ont soi-disant guéri.

04/03/2010

360. dead off; les portes se dessinent jusque dans les enfers


mais pourquoi tes histoires du moment tournent-elles autour de la mort?

- Sans doute qu'à l'heure de toutes les fins, je reviens égocentriquement parlant à en vouloir encore plus la mienne. C'est un dénouement que parfois j'ai hâte de connaître.


Après les grandes salles italiennes, au-delà des racines noueuses de l'arbre de la vie, après les portes à demi-closes de la mort au loquet doré, traverser le fleuve torturé des âmes pour venir à lui. Voici donc la grande faucheuse, sa gueule d'éternité, clope au bec entre toutes les rides qu'elle entretient lassivement (je pense que les soirs d'ennui elle doit les compter).

Cet enfoiré m'offre une cannette, pas la mort, l'autre:


"Je le savais.

- Oui, moi aussi.

- On en vient tous ici de toute façon.

- Je sais.

-Alors dit-moi frangin, raconte-moi ton sourire."


J'ai laissé des énigmes derrière moi, je m'en vais ravi, la mort a su me prendre, mais pas les autres. Les vivants n'ont jamais compris. Ils ne comprendront jamais. Pas un seul homme n'a su me comprendre. Pas un seul n'aura eu l'audace d'approfondir le sujet. Je suis parti en laissant derrière moi une énigme puissante et efficace. Personne ne me résolvera. Je suis mort en héros ou en connard, peu importe du point de vue. Je suis ici à présent au carrefour des âmes.


"Ma pauvre mère est en lessive. Mon diable de père boit pour oublier sa solitude, comme je le comprends! Mon frère se replie sur lui-même. Je l'imagine en position foetale. Quelques rares amis auront compris, ce seront eux les plus touchés sans qu'ils puissent réparer ce trou au fond de leur coeur. Ils auront compris alors qu'ils étaient à deux doigts d'avoir touchés la solution. Ils maudiront les quelques femmes que je porte ici et là. Bien des énigmes nouvelles se creuseront je pense, le temps rouvrira les plaies de l'incompréhension ou de ma disparition. Mais les plus touchés m'éviteront, ils m'oublieront. Le petit comité s'amenuisera au fil des ans jusqu'à ce que je devienne une ombre au tableau qu'il faut balayer à tout prix. C'est ainsi. Voilà la vie."


Et ce que je pouvais écrire pouvait bien être de toutes les couleurs, de tous les goûts, je m'en foutais bien. Je n'écrivais plus ce que j'avais sur le coeur depuis longtemps. J'écrivais en guise de testament les rares mots bout à bout qui pouvaient encore me faire sourire. Tout était dans le cynisme et la connaissance. Si tu ne traverses pas la rivière des âmes en ma compagnie tu ne comprendras jamais. Voilà le plus court résumé qu'on puisse faire d'une mort.

361. mjn SHA Loïc xxx Lantoine: déformez-tout!


Mais qu'on me redise encore que l'amour n'a qu'un temps

Tant que courera le temps je t'aimerai autant!

362. l'évocation des sentiments


Que celle-ci n'arrête jamais de vivre car elle m'apporte plus encore que ce que je m'étais laissé imaginer. Nous vivons de nos rencontres, nous nous transformons de nos touchers. J'ai bien vécu des milliers de vies mais c'était il y a longtemps dans un autre monde.
Alors l'autre, celle que je ne savais plus chantait dans les bassins, je voulais la contrarier par jalousie. Je voulais la prendre sauvagement, la soustraire au monde pendant une journée entière.


"Que cherches-tu?

- La paix..."


Que celle-ci n'arrête alors jamais de vivre puisqu'il faut un prix à payer sur terre et qu'elle se retrouve dans la cour des miracles. Ne laissez pas les personnalités vous enlever à vos désirs, à vos pensées, à vos envies, à vos sentiments, à vos pères. Jamais.

03/03/2010

363. à la jetée des instants


Ne me dis rien j'ai pas envie.
Laisse-moi errer dans ces petites rues à attendre la fonte des glaciers. Je me sens perdue. Je me suis laissée emporter par les flots qui n'existent pas. Prendre un café chez Denis, attendre en voyant la fumée s'envoler du chaud. Se laisser happer par la tasse. Ne plus sourire.
J'imaginais déjà les grandes envolées lyriques, je pensais que tu allais me rattraper entre tes doigts trop fort.

Par la suite je suis partie zoner, j'attendais l'envol. Une chanson me faisait du mal, j'avais envie de pleurer mais je me suis retenue. C'était beau cette vulgarité insoupçonnée, on entendait des violons assassins au travers de la voix, c'était magistral et j'étais là plantée comme une conne. Je voulais que le monde s'arrête de tourner juste un instant.
Le silence des rues est aussi le silence de mon âme.

Je n'avais pas de raison à tout cela, aucune à te donner. Je voulais que le temps s'en aille, que les nuages meurent, que le ciel tombe, que tu t'évanouisses loin de moi. J'ai réussi tant bien que mal, te voilà entrain de te détruire dans les bars à la tombée de la nuit.

Je t'ai écrit quelques lignes à l'envolée sur la vitre d'un bus. Il passait devant chez toi, mais sauras-tu deviner les signes avant-coureur? Je t'ai écrit aussi quelques lignes dans un cahier jauni par la boue. Dans mes chaussures. Dans mes culottes. Dans mon coeur.
J'ai attendu l'inattendu de toi, que voulais-je donc faire, je n'allais pas rester là, toutes les villes se meurent. Il ne me faut pas fuir, mais rester pour prouver aux autres que je suis encore en vie. Je vais prouver au monde que la haine qui m'habite remplacera la mélancolie du moment. Je vais leur prouver, à tous, que je suis digne de devenir une âme forte.

02/03/2010

364. "j'ai des souvenirs d'Enfers et des peurs de fin du monde. Aujourd'hui je vais renaître."


Je bois doucement le café qui fume encore. Je n'ai pas peur. Je reviens des Enfers. Qu'y a-t-il à craindre de plus que cela? La seule chose qui puisse venir à bout de moi, ce sont mes propres cauchemars. La nuit, tout se peuple à nouveau cris de goules et de bruissements d'agonie. Je sens l'odeur nauséeuse du soufre. La forêt des âmes m'encercle. La nuit, je redeviens un enfant et je supplie le monde de ne pas m'avaler. La nuit, je tremble de tout mon corps et j'en appelle à mon père. Je crie, je renifle, je pleure. Les autres appellent ça cauchemar, mais je sais, moi, qu'il n'en est rien. Je n'aurai rien à craindre de rêves ou de visions. Je sais que tout cela est vrai. Je viens de là. Il n'y a pas de peur autre que celle-là en moi.
Tant que je ne dors pas, je ne redoute rien.


Laurent Gaudé, la Porte des Enfers.