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10/04/2010

337. la porte des/trois petits points de suspension


Je me demande si le sang de Cullacio goutte en dehors de la voiture. Il faudrait que je m'arrête pour vérifier. J'aimerais que ce soit le cas. Que son sang coule sur le pavé de Naples. Qu'il imprègne le bitume et réveille mon père. Il fait nuit maintenant. Les immeubles à notre gauche ont l'air morne d'une ville abandonnée à la peste. Sur notre droite, les lumières du port et de quelques gros cargos à quai se reflètent avec tristesse sur le visage en sueur de Cullacio. On dirait un clown qui pleure. Personne ne l'entendra gémir ici. Et, même si quelqu'un l'entendait, ce ne sont pas des quartiers où l'on s'enquiert de son prochain. Je roule en prenant garde d'aller trop vite. Je veux en profiter. J'entends son gargouillis de douleur. J'aperçois, parfois, à la dérobée, ses grimaces. C'est bien.

338. fin de siècle


et

vos

sentiments,

mes maux

se

suivent

mais

ne

se

ressemblent

pas!


Je saute les saisons comme on saute les pucelles dans les champs de l'enfer.

339. monsieur personne


J'entends encore cette chanson calme de Nirvana, le souvenir se rouvre, je m'avance au plus près de la piste de danse qui semble quasiment en suspend, en retrait du monde, coupé de tout, et l'on peut bien annoncé la fin du monde à côté que ça ne changerait rien.
Des ballons suspendus au plafond, de toutes les couleurs, tombent parfois parmi les couples réunis, enlacés, qui tourbillonnent au devant, les ballons tombent parfois sur le buffet du fond, sur une tête, sur un Renaud de circonstance.

What girl, what girl, don't lieeee.

Nous nous embrassions dans la fumée, dans la sueur. Je tenais ses cheveux. J'avais son sourire sur mon pull, mes mains sur ses varices, elle rigolait sans arrêt. Je voulais l'a haïr plus qu'il n'en fallait.

Plus tard j'ai connu l'angoisse des réunions clandestines le soir, des dessins sur les murs, mes premiers vols que je volais pour elle allait de soi. Je m'en foutais pas mal de tout, de Rimbaud et de tout le reste. Littérature au Rabelais, vaseline dans les orifices puis petite mitraille. La fille du coupeur de joint nous faisait danser, on aimait pour la première fois à qui savait écouter correctement mais j'avais toujours un bus de retard.

Première toile, première passion, les premiers draps chargés des anges. Je couchais alors ici, ou bien là, ou encore là-bas. Jamais chez moi. Un matin je me souviens de m'être relevé de mes drogues multiples, mes yeux grands ouverts avaient dû rester tels quels dans la nuit. Je fixais étrangement le mur. Je crois que je suis mort ce matin d'un ennui profond pour la justice. Je suis mort définitivement sans procès en bonne forme. On m'a coupé la tête.

J'ai connu moi aussi la solitude, voulais-je hurler.

Mais elle n'était plus là pour m'écouter...

340. nous nous sommes épongés l'un et l'autre


Ton départ dans le train
Premier qu'est
J'ai des auréoles sur les pieds de Clooney
Humeur-tumeur
Ton sensible ton quoi
Laissé au démuni
Dépit-regret
Je n'irai plus dans vos
Décombres-ombres-tombes.

Ton
sourire
sur
ton
coude
ma
main
sur
ton
âme
mes
chaussures
aux
pieds
jetées
sur
le
plancher
le
feu
qui
renifle
tout
nous
consumme.

Il n'y à plus rien à fer.
L'amour à l'envers.

07/04/2010

341. quand nous en viendrons à chanter sous la pluie (pour mademoiselle N.)


Je revois encore le visage de cet homme chargé de pluie qui en conclusion s'apprêtais à rentrer dans sa voiture alors que moi, boursouflé de mes erreurs je prenais le large. Nos regards se sont croisés, je me suis dit qu'il valait bien mieux qu'on en reste là.
Plus tard, un après-midi chargé de pluie encore je tenais entre mes doigts tremblants le corps imaginaire de la Première, celle que je connaissais pas où si peu et qui l'espace d'une nuit m'avait appris à jouer.
Enfin, je dansais une sorte de fado capricieux au son de vos guitares espagnoles, S. m'apprenait les pas qui me manquait d'un sourire sournois, je crois que je n'ai jamais vu pareille femme à double-sens dans ma vie mais aussi que les sourcils trahissent toujours tout.
Ce soir, l'âme errante chargée d'alcool il me fallait chanceler dans des rues mortes, à la sortie d'un cinéma, en tenant solidement ma bière ou ma clope à mesure que je tombais. Ces deux choses là me rattrapaient forcément, j'avais calmé l'animal, l'indomptable, une nuit encore et j'étais épuisé de la veille à l'heure de chasser quand la part animale fut la plus victorieuse des autres combats que je menais partout dans mon corps.
Il me fallait écrire, décrire le paysage, la froideur, la luminosité du soir ou les bandes jaunes des arrêts de bus qui menaient aux poubelles. Il me fallait m'avouer chancelant, ivre de mon état, de mes amours envolés ou bien de ce sachet marron que je trouvais charmant pour transporter les repas en ajoutant un charme fou américain comme on en voit qu'au cinéma. J'ai soulevé le cercle de la poubelle en fermant un oeil afin de mieux en apercevoir le fond.
J'ai à présent le souvenir après l'ouverture de cette boîte de pandore chimérique d'une question que je désirais vous poser: n'avez-vous jamais entrevu l'espace d'une seconde une femme qui n'étais pas là? Vous n'avez pas eu le temps de reconnaître cette femme, juste la forme, et pourtant cette forme vous dit quelque chose, cette esquisse mystérieuse vous rappelle quelqu'un sans que vous puissiez mettre un nom dessus. C'est ce qui m'étais arrivé avant ce film de Tom Ford, j'ai croisé cette âme tourmentée plusieurs fois de suite dans mon rétro, jamais je ne su retrouver l'exactitude de ses traits qui étaient aussi la cause de pourquoi j'étais incapable de me souvenir d'elle. Alors, Tom ford et l'alcool aidant, je me suis replongé dans un abîme de souvenirs qui mélangeaient aux dates les heures sombres, je me suis plongé dedans d'une traite jusqu'à la garde en fouillant chaque recoin et j'ai apercu cette abysse qui me contemplait. J'avais le visage d'une autre femme en face de moi, mais surtout j'avais le besoin imminent d'aller plus loin, d'encore fouiller, malaxer le tout jusqu'à comprendre que j'éprouvais le besoin de faire taire S. en la voulant morte car c'était ainsi, vouloir oublier C. car c'était ainsi, vous oublier vous car il n'en résultait autrement. Alors dans mon alcool désespérant j'ai arpenté de fines lamelles de rues posées sur la pizza glacée de mon comptoir, j'ai remonté les poivrons jusqu'au carrefour des anchois et ridiculement j'ai su qu'il n'y avait rien à faire que de rentrer, de m'écrouler sur un lit commun, de fermer les yeux à attendre que le silence s'empare de moi. Le petit matin me surprendra en slip, dans une position des plus incroyables, à baver sur le côté, et la seule vérité de cette soirée, le seul résultat de cette équation dont la cause est un malheureux film qui me plongea dans cette sorte de transe est que la vie, aussi ridicule soit-elle, me poussa un jour à croire que le monde tournait de travers, en oblique, la résultante voulant que les malheureux des alentours en fasse de même sans continuer de râler que ça ne sera jamais le cas, ni maintenant, ni après.

06/04/2010

342. N'étions-nous pas tous changés en ronces?


Quand tu regardes une ville elle te regarde. Elle dresse contre toi ses tours. Elle t'observe de derrière ses creneaux. Elle te ferme ou t'ouvre ses portes. Ou bien elle désire être aimée ou te sourire et tourne en ta direction les parures de son visage. Toujours quand nous prenions les villes il nous semblait, tant elles avaient bien été bâties en vue du visiteur, qu'elles se donnaient à nous. Portes monumentales et avenues royales, que tu sois chemineau ou conquérant, tu es toujours reçu en prince.


Citadelle, Antoine de Saint-Exupéry.

343. ne plus dire à la société qu'on l'emmerde!


Une fébricule nous couve, ça ne fait rien mais c'est gênant. Les chiens abandonniques ne court plus dans les rues. Deux fois. On ressort encore la vieille excuse du cendrier. C'est, laissez-moi vous confiez ce petit truc: " un territoire de merde ".

De vieilles milices usées traînent leurs pieds salis par la glaise dans la poussière des rues. J'ai aimé autrefois une femme aux yeux clairs. Deux fois. J'ai attendu vos sourires sous la pluie, sous les abris de bus, attendant que les chiens traversent, toujours, attendant. Les saillies se reproduisent.

Schwitters traîne dans les poubelles d'Auschwitz. Il récolte nos idées neuves. Deux fois.

J'ai aimé une fille aux yeux clairs, tout s'est corrompu, jusqu'à nos gouverneurs gouvernés, ces comadre au nez fin. J'insiste mes mots, le poète naît dans les rues, et plus dans une éprouvette, Léo Ferré ne reviendra plus, Mandrake s'agitera encore!


S'agriffer dans les coins ça choque.

Certains agitateurs s'adressent à nous...


Il faut densifier le monde.
Décodifier l'incondifiable.

Refaçonner les moules.

Attendre que le monde passe sur le carrefour de l'univers. Face au soleil, dis, tu l'as vue ma lune? Elle bronze bien ma lune? Dis, je peux te confier un secret? J'ai aimé une femme aux yeux clairs un jour. J'attendais la nuit sous les lampadaires, sous la pluie, sous le ciel cloché, sous le poids du monde, sous tes seins, sous ton regard attendri de petite mère. Deux fois.


C'est peut-être la toute dernière heure...


Les maîtres prennent des gants pour s'adresser à nos portes. Afin de mieux nous enfumer par derrière ils nous abreuvent de jolis mots. "Nous ne sommes PAS comme les politiques, soumis à la loi de la rue". Le temps de cerveau disponible. Buvons tous ensemble du Coca, chantons gaiement, sodomisez donc votre voisin sous les lanternes en chantant la Marseillaise. La la la!

Deux fois.

Nos bourreaux sur la route, et après?


Tu me rejoindras, enfant?


Dis, tu me rejoindras, alors?


On verra l'Aube poindre par-delà nos balcons. La la la.


Deux fois.


Un acouphène bouche mes oreilles après l'orage après l'orage le silence les clameurs de la foule incessantes perturbantes je n'aime plus mon pyjama appelez moi un médecin et tout ça sans ponctuation je ne sais plus trop où j'en suis je ne devrais pas essayer cette drogue cette nouvelle drogue c'est quoi son nom déjà ah oui c'est CAPITALISME. Deux fois.


Agenouillez-vous devant moi mes cochons. Oui comme ça. Deux fois.

Je vais à présent réssucité.


Amen.

01/04/2010

344. xxxxx?




Ils ne

faut pas qu'ils

enferment leur malheur

en eux-mêmes, il vaut mieux

qu'ils le vivent.


345. le cercle des menteurs, le cercle des menteurs, le cercle des menteurs


Coupable d'arrogance envers l'empereur, un grand peintre fut condamné a être pendu par les deux gros orteils. Comme ultime faveur, le peintre demanda à n'être pendu que par un seul orteil, ce qui lui fut accordé.

L'empereur et sa suite se retirèrent, assurés que la mort serait longue à venir et par conséquent atroce.
Resté seul, pendu, la tête en bas et les mains attachées, le peintre réussit à atteindre le sol avec son orteil libre. Il dessina des souris dans le sable, au-dessous de lui, en utilisant le bout d'un ongle. Ces souris étaient si parfaitement représentées qu'elles montèrent le long de la corde et la rongèrent jusqu'à la rompre.

Le peintre savait que l'empereur ne reviendrait pas de sitôt. Aussi s'éloigna-t-il sans se presser, en emmenant les souris avec lui.

346. sonate au clair du moment, auto-parodie artésienne


Mercredi, à un certain moment, en France.
L'aube lumineuse, je marche alors comme dans un ascenceur. J'ai du mal à me dominer et Véronique disait bien fait à Cocteau et Cocteau lui répondait qu'il s'agissait du sein droit de Marilyn.

Une pute à coeur, accrochée à mon bras, mon bras attachée à la cigarette, la cigarette accrochée à ma bouche, la bouche attachée aux conneries que je vociférais sans lendemains puisque je les clamais bien fort au présent de l'indicatif.
"Bouillonnez-moi, bouillonnez-moi" hurlait le flic.
Notre petite troupe mise en route. Moi, le flic, Véronique, Cocteau, le sein droit et la pute. Ca faisait bien trop de monde jusqu'à la voiture, j'ai proposé de tirer à la courte-paille, nous y sommes allés, Véronique s'enquicha d'un steak, le flic d'une quiche, Cocteau ne sachant plus à quel sein se vouer préféra qu'on lui laisse le libre choix de la volaille et je ne me fis pas prier pour avaler la prune ronde d'un téton par-dessus la grosse mamelle laiteuse de Marilyn.
"Qu'est-ce qu'il y a? le menu ne vous plait pas? demanda la serveuse.

- Bien sûr que si! ai-je avalé.

- Je suis flic! dit le flic.

- Moi de même! gueula Cocteau avec ses blagues à chier des saints."

Les seins d'ailleurs sont des insultes faciles, il fondent dans la bouche, ne sachant plus se ceinturer ils finissent au fond des seins pour d'obscurs desseins d'enfants. Mais n'en parlons plus, il fallait trancher au couteau à beurre l'un d'entre nous. Ce fût Véronique qui décida que après tout, deux qui la tiennent trois qui la niquent, elle se jettait à l'eau.

"C'est beau! pleurait la serveuse. Ah oui, c'est beau!"

Elle tenait encore dans la main son calpin, son stylo et une tête de vaux qui n'en veaulait pas la peine. Le patron s'injuria, elle nous abandonna, nous sortîmes, nous étions enfin prêts sans Véronique car bien sûr, neuf qui la tiennent quatre qui l'a niquent, elle s'échinait à en avaler tout un plat.

"...Avez-vous déjà tué?" me questionnait le flic.

J'acquiesçai de la tête en espérant qu'il allait se soustraire au monde dans un soucis d'inutilité mais ce ne fût pas le cas, j'étais déjà menotté par les pieds et au sein. Marilyn rigolait, elle avait toujours aimée les jeux qu'aucun des hommes Némais (je parle ici de la région des nems, l'endroit où l'on fabrique les nems australiens de premier choi - vu qu'ils tombent assez souvent).

Je dûs enfin me mettre dans la confidence et la confiture, quand j'étais enfant, me confiai-je à moi-même je fondais. C'était ça l'arnaque. Alors on décida tous de continuer l'aventure, émus de mes maux - Demémo, tiens, j'en ferai un personnage si j'y repense - mais je ne pouvais plus m'arrêter de confier:

"je crois que je n'ai jamais pu m'arrêter de regarder, je n'ai pas fermé les yeux une seule seconde!"

Tous se stoppèrent.

"Les trains filaient au travers de villages trop tranquilles dont on oublie les noms de carte à gratter, et mon grand-père se rappelait de ces parties de chasses mémorables au creux des jumelles de compétition. Nous étions assis dans l'herbe ou à même la roche au devant de sa maison, guettant le chamois des herbes hautes, l'animal de toute une vie."

Au lendemain, je fûs guillotiné.