Pages

06/07/2012

10. nos soirées fantômes

je suis une veuve éplorée qui ne peut plus rien dire, mon silence est de l'or, mon travail commence bientôt sur la terre comme au ciel. Je suis de celles qui disent oui et non à la fois, qui ne savent pas prendre de décision, et dans les soirées maudites qui rejouent nos enfances, je me veux dérangeante. Les anniversaires n'en peuvent plus de s'aligner, un an de plus encore, demain, pas le mien, le maudit, oui le maudit. Alors je sombre en silence dans le marais des échiquiers, je plonge en noir et blanc si vous voulez, je me suis juré de tout vous dire sur ce que j'avais dans la tête, mais aujourd'hui je n'ai plus rien. Je suis juste la veuve éplorée d'Halloween mise à nue par vous, mon âme est bien morte, c'est elle que j'ai enterrée demain matin au premier rayon du soleil. Je ne vous suis plus, je ne fais plus partie de votre monde car votre monde c'était demain et le mien c'est hier. C'est comme ça. En plus je dis oui et non en même temps, voyez, je ne suis pas parfaite. Quand à l'arsenic que j'ai essayé sur les corps ivres/échoués de la fête d'hier, c'était pour me sentir humaine une seule fois à violer les cadavres de toutes les jolies filles présentes. Sauf que c'était dans ma tête. Que je dis oui. Que je dis non.

11. détruire, dit-elle


Ils s'aimaient, mais cela ne lui suffisait pas, car elle voulait toujours plus, de cette ambroisie des jours heureux. Alors lui, si lointain, qui ne pouvait épancher sa soif, devait en souffrir. Le loup était dans la bergerie, d'abord rôdant autour de la maison chaleureuse. Ce n'était que des mots, un concept qu'elle voulait entendre, puis il était beau, terriblement beau...
C'est facile de céder à la tentation, il avait quelques années de plus qu'elle, beaucoup trop au goût de l'autre. Il avait un prénom charmant qui commençait par un X. Une inconnue superstitieuse rentrant dans une équation à équilibrer encore. Elle, si lointaine, du bout des doigts elle a dit oui, le coeur battant de la folie qu'elle commettait, l'impératrice sur son grand trône d'argent a dit: "viens". Il est venu alors, un jean, une chemise, rasé de près, sentant un mélange de parfum et des clopes fumées sur le trajet qu'il a fait, pour se calmer, de l'arrêt du RER jusqu'à chez elle. Ce même chemin que faisait l'autre, celui qu'elle appelait si superbement mon chéri, son chéri qui venait du froid.

Il est arrivé chez elle, coup de foudre, ils ne se sont pas beaucoup parlé. Elle avait déjà une humidité naissante au milieu de son trouble qui disparaissait, l'envie d'en consommer encore plus. Alors elle a penché sa main dans son pantalon, elle l'a embrassé aussi, ils ont fait l'amour dans le salon, puis dans la chambre, debout contre le placard où elle rangeait ses affaires. Il était un peu plus expert qu'elle dans les joies du corps, il s'y connaissait un peu plus aux nouveautés des fraîcheurs de ses seins, il avait le sexe si dur en elle, il lui donnait les coups qu'elle voulait, et elle ne pleurait pas contrairement à lui, de sa voix folle quand il en vînt à apprendre la coucherie, le lieu, le comment. "détruire", dit-elle, maintenant. Car tout est mort dans le coeur de l'autre quand le sien continue à battre terriblement sous d'autres amants. La lune est aussi lointaine que peut l'être l'amour, elle l'a délaissé n'en parlons plus.

Pleurons seulement, tout bas, à la créature dans le noir qui rôde encore auprès des jeunes filles en pleurs, c'est cet homme qu'un jour j'assassinerai pour m'avoir rendu semblable.

12. mathématiquement parlant "je"

C'était dans un grand hôtel quelque part entre ici et le Mexique, nous étions encore éclairés à la bougie. Sans savoir pourquoi il ne restait plus que Bernard et moi, nous griffonnions des trucs incompréhensibles à même la nappe, nous renvoyant la balle à chaque fois entre le caviar de tomates au romarin ou la langoustine chocolatée du chef à la sauce Happelstein. Bernard:
"142 857 est un chiffre bien étrange! commençons par le multiplier, regarde!"

142 857 x 1 = 142 857
142 857 x 2 = 285 714
142 857 x 3 = 428 571
142 857 x 4 = 571 428
142 857 x 5 = 857 142
" ce sont toujours les mêmes chiffres qui reviennent! changeant simplement de place, avançant comme un ruban! et si on multiplie par 7? cela nous donne... 999 999.
Or, en additionnant 142 + 857 on obtient... 999.
14+28+57= ?
99!
le carré de 142 857 est 20 408 122 449, ce nombre est formé de 20 408 et de 122 449 dont l'addition donne... 142 857!"
J'ai reconsidéré grandement le fromage qu'on me tenait sur un plateau avant de lui demander:
" Et sinon les amours?"

04/07/2012

13. elle est là

C'était sous la pluie ou dans le vent, avec les derniers rayons de soleil qui tombent sur les immeubles de la cité. Il y avait l'angoisse du lendemain, dans quoi allait-il travailler, comment sa vie allait s'organiser, tout ceci au moins avait-il un sens? les voitures envahissantes tout autour, des cosmopolites d'humanités voguant de ci de là et elle. Les destructions immédiates de tous les principes, les préjugés, à la poubelle, vos envies, à la trappe, ne rien faire d'autre qu'avancer. Plus loin ils allèrent tous les deux au bord du lac, sous un arbre, allongé dans l'herbe encore trempé de la pluie de la veille. Leurs corps humides coulants l'un en direction de l'autre, elle avait sa bague comme un mélange d'appartenance décisif et il mélangeait ses pensées à celles de son entretien d'embauche de l'après-midi qui n'allait pas tarder. Il avait sa tête sur son bras, sa bouche contre elle, il aurait tout donné pour faire durer l'instant plus longtemps au milieu des cygnes ou des bébés qui galopent sur l'herbe à vous emmerder en jouant au ballon. Il ne fumait plus et ne buvait pas. Elle ne mangeait pas et ne buvait plus. Ils jouaient simplement au jeu du chat, à se quitter, à se remettre, à faire courir la souris autour du monde, dans les montagnes ou sous le nid d'un serment maquillé, qui s'en va faire sa nuit. elle avait son odeur coincé dans une boucle de ses cheveux, il avait son goût sur la commissure des lèvres. Ils se souriaient, repensant à autrefois, à quoi pouvait bien ressembler autrefois, que pouvait-on améliorer, ce putain de rendez-vous qui cassait le charme de ce renouveau qui commençait là, maintenant. il y'avait le soleil de l'été, il y'avait la moiteur de sa main, le froid du lac, l'attente d'un restaurant, le rendez-vous qui débouchait sur un essai, encore de l'attente inquiétante, il devait la ramener sans en avoir l'envie, elle ne voulait pas détacher ses mains de son corps. ils étaient rentrés dans le noir du carcan de l'automobile, sans qu'il la regarde, appréciant sa présence proche, son souffle, ses baisers minuscules. arrivés chez elle, à sa demeure de deux mois, ils s'embrassèrent, ce fut long et triste. C'était trempé du désir de ne plus se quitter. Mais ils se quittèrent quand même. Encore. Jusqu'à la prochaine fois. Et il repensait à tout ça dans chaque virage le ramenant à sa solitude, dans chaque ligne droite. Jusqu'à sa citadelle d'effroi qui se referma sur lui à grands coups de poing dans la gueule.

14. ce que la puanteur peut laisser

Ce soir-là j'étais un peu agité, faut dire qu'il faisait un froid de fin de monde, l'humidité dessinait des volutes gercées sur les capots des bagnoles tout autour de nous. La neige arrive demain. Nous nous sommes dirigés dans un bar, la vieille habitude de nos ancêtres. J'ai parlé un peu, j'avais envie surtout de parler beaucoup, mais pour rien dire, afin que la conversation ne meurt pas. En fait, ce qui m'agitait c'était l'absolue nécessité de prendre un verre de quelque chose que je ne trouvais pas. J'avais aussi faim, une faim qui me tiraillait l'estomac puisque tout le jour durant je n'avais rien avalé. Aussi, j'avais envie de dévoiler un peu de mes pensées, j'aurais pu dire alors que miss A. me tirait une pensée d'un ailleurs étrange, asexué, et que miss C. revenait sans cesse pour troubler tout ça. J'avais aussi envie de demander à Alex ce qu'il pensait réellement des nécessités, que savait-il de la vie, où commençait l'amour et où s'arrêtait-il? S. après tout n'était qu'une plaie qui ne voulait pas guérir, parfois les morts reviennent aussi à la vie. Mais S. était présente dans mes pensées que par le fait que j'allais bientôt fêter la mort d'un autre, alors la vieille déchirure, cette fin d'année qui revient sans cesse, je revois les même évenements, je me rouvre à nouveau, je me ronge jusqu'au sang, je me dis à quoi bon? mais sans rien faire. Et puis j'ai rien demandé de tout ça à Alex, à quoi bon?


au bout d'un moment les voitures évoluaient normalement dans les rues glacées, on suspendait nos souffles dans l'air, bien visible, on examinait les phares de ces caisses-là se perdre dans la nuit, on écoutait le bruit en suspens, j'aurai bien aimé détailler les tons de la lumière qui régnait en ce lieu. Comme si le monde était devenu gris, comme si chaque jour je devenais un peu plus mort, m'éteignant à la même vitesse que ma cigarette se consumait. Puis j'avais perdu H., j'avais perdu T. aussi, et bien d'autres encore, je les laissais partir, je les poussais même parfois, et parfois j'en riais, parce que le monde est une grotesque farce à des moments dans lesquels Hank Moody ne peut rien, on s'asseoit sur le banc, on voit tout changer autour de nous, on assiste aussi impuissant que notre grand-père face aux gros seins de notre première amoureuse. Cruauté diabolique, souillarde infâme, la voix seule gueule dans le néant: un jour je niquerai ta sale gueule.

15. ô douceur


En fait ce qu'il y a c'est que je n'ai plus le goût de rien ni de toi. Que j'écris à l'absynthe. Que le navire coule. En fait je vois des anges s'écraser chaque jour, tout autour de moi, sans douleur et sans heurt. Mais le plus dur là-dedans c'est que j'en suis devenu impassible, froid, assassin.

En fait, ce qui me gêne c'est le nombre de cons ici, ça fait peur les cons, quand y'en a trop on se sent pris au piège. On a même du mal à partir, au début c'est rigolo un con, c'est comme le feuillage au milieu des roses. ça repose. Mais trop de cons tue le con, dans ce théâtre on tue le dernier con (moi) à l'usure. En fait, tout le monde il est con.

Pire encore, on a vérifié le mot con dans le dico, mais on sait plus en foutre une définition correcte, on emploie le mot n'importe comment. Il n'y a plus de culture, c'est comme lire du Michel Onfray, clamer ses paroles en évangile, se dire que ce mec a raison. Mais c'est faux, ce mec a raison de rien, c'est de la culture pour les cochons, les idiots filent dans le mur. Mais c'est pas grave, j'en ai marre d'expliquer. Tiens, c'est ce livre que j'ai lu de lui, ah puis j'ai ça aussi de lui. Bon ça va p'tete nourrir le feu. A ce stade-là je m'en fous de tout, ma dépression me fait grossir, je trouve les mots des autres cons ennuyeux, leur présence m'irrite, je deviens vieux. Vieux et fou. En fait ce qui me dérange c'est que je n'ai plus envie d'être dérangé.

Je veux une île loin de tout avec la poste pour me livrer des livres, une fois de temps en temps, un peu de papier et d'encre, pour dessiner et écrire, mais même avec ça je trouverai le moyen de...

me faire chier comme un con!

16. cinq notes suffisent, est-il dit d’une musique, pour détacher l’âme du corps


Citadelle de Saint-Exupéry:

Seigneur, ainsi de mon ennemi bien-aimé que je ne rejoindrai qu’au-delà de moi-même. Et pour qui, car il me ressemble, il en est également ainsi. Donc je rends la justice selon ma sagesse. Il rend la justice selon la sienne. Elles paraissent contradictoires et, si elles s’affrontent, nourrissent nos guerres. Mais lui et moi, par des chemins contraires, nous suivons de nos paumes les lignes de force du même feu. En toi seul, Seigneur, elles se retrouvent.

17... combat



J'ai les poings rouges sang à force de meurtrir la chair des autres, ma vie sentimentale est une merde effroyable, je tombe amoureux que quand je me fais larguer. La cloche tonne au cinquième round, je vois des choses étranges, ma vision est floue, en face de moi 1m80 pour 100kg de barbaque, son nez n'est plus qu'une patate sanguinolante, je n'arrive plus à écrire, je passe ma frustration là-dedans. J'ai le syndrôme de la page blanche. Cogne, cogne, cogne, sont les seuls mots que j'imprime sur sa chair. le choc, les tremblements, la foule en délire. Hourrah! Je lève les bras en l'air l'oeil déformé par un coup mal reçu, une arcade ouverte, je n'arrive plus à écrire que des lettres de sang, des ronds de haine, de la gerbe de mauvaise humeur bouillie en grappe laiteuse noir sur blanc noir sur blanc noir sur noir sur blanc sur noir.
Un mot à la fois. Cogne encore. Plus fort. Ouais c'est ça. Vas-y.
L'adversaire est entrain de rompre sous son poids, je suis à cheval sur ce qui lui servait autrefois de crâne, j'écrabouille cette vermine. Je crois voir un sourire se dessiner dans le sang. Quelques dents giclent de là. Je repense à la veille, la réponse de l'autre con: "nous allons publier vos articles". Putain de bordel de merde de pute borgne, oublie cette foutue lettre qui arrive très mal quand tu n'es plus en capacité d'écrire et zappe de ce monde toute trace d'art. Ton combat en défouloir c'est ici et maintenant. L'arène que tu as créé et tout autour de toi à te regarder t'agiter, à te clamer, à hurler que tu as raison, le spectateur t'encenses. Ouais c'est ça, tu as raison. La ligue de boxe se sert de toi, t'oppresse, tu voudrais tous les voir crevés. Tous. Ils te serrent la main à la gorge, cette griffe t'empoigne la tête, tu étouffes, alors tu bats l'autre encore, tant et plus, parce que ça fait du bien, tu te sens vivre. Tu es une pauvre créature pathétique. Minable. Arrogant. Un chien qui aboie après les bagnoles, sans idées, sans originalité, rien. Tu es la sous-merde d'un autre. De l'adversaire peut être. Mais celui que tu affrontes ne répond plus rien, tu es prisonnier de ton propre piège que tu as toi-même créé, et maintenant faudra leur expliquer comment faire pour dégager le corps inerte du parking pour le jeter devant l'hosto à bord d'une voiture volée en espérant qu'il soit encore en vie, qu'il ne clamse pas encore, et qu'on ne remonte jamais jusqu'à ta pitoyable existence qui tourne en rond. T'aimerais être bureaucrate, rien qu'une fois. Avoir une vie normale.

18. les enfoirés du nouvel an


Tu as dû rentrer, à regret, afin de reprendre le cours de ton existence pathétique. L’été est fini, tu le vois aux travaux qui parsèment le décor, de Cluses jusqu’en Suisse t’as l’impression qu’on repasse un coup de peinture sur un décor en carton-pâte. Puis tu râles, avec le souvenir qu’à une époque il te fallait dix minutes environ pour aller du bowling à la frontière sans passer par six putains de feux rouges. En plus c’est encore l’époque où certains restent en vacances, Septembre, des vieux pour la plupart qui roulent à deux à l’heure en écoutant nostalgie à fond les ballons pour se souvenir de leur folle jeunesse de papa sur maman. « on m’avait dit qu’il faisait moche! » penses-tu douloureusement en tirant sur ta Benson Gold. L’autre devant se déchaîne dans son camping-car, il te scande les paroles du tout dernier album de Sardou sans omettre la chorégraphie, c’est plutôt cool quand ça se passe pas en plein milieu de la route. En le doublant tu découvres un véritable cliché du cinquantenaire bedonnant avec son bob d’une marque de pastis qu’il ne faut pas nommer sans le copyright.Après le retour, la longue convalescence du bitume qu'on a maltraité des années durant. Les nouvelles banques ouvertes, ce qui a changé en ville, c'est-à-dire rien. Les nouvelles conneries du maire, les petites vieilles sur le marché commentant au kilo le prix de la saucisse de Francfort. Le monde tourne toujours dans le même sens et rien n'est véritablement neuf. Pas de quoi fouetter un chat.
Pendant ce temps-là on galope dans les couloirs de l’assemblée générale en hurlant démission, tout le monde s’en fout. Le prix de la vie a encore augmenté, quelque pourcentage du budget de la pub suffirait à réduire la fin dans le monde, tu consommes trop de CO2 et tu fumes comme un pompier pour donner raison aux industries pharmaceutiques qui cette année ont remportées pas mal de tournoi de golf.Les glaçons tournent dans ton black russian que tu ne boiras plus au devant de tes lunettes noires, te voilant en terrasse, le monde tourne toujours et il fait beau, apparement c’est la seule chose qui compte avec elle.

19. l'une des vérités



On a tort de se plaindre. Si on savait d’où on vient, où on est, où on va, ce serait l’enfer absolu. Comme disait Georges Perros.