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24/06/2010

283. la vie ne m'apprend rien


J'ai arrêté d'écrire
mais pas de vous écrire
(La vie est une sacré fête sur réservation)

22/06/2010

284. l'enfant de la panique


ah je le savais bien - combien de destructions?

tu sembles séculaire, taillée dans la roche de ton trône

la faille alors - et c'est un remerciement

déferlement de tous les maux

que je suis sur le point de traverser

pour venir te rejoindre mon amour

il se peut que j'ai encore des doutes...

Mais se pouvait-il que dans nos

regrets

regrets

regrets

j'avais laissé coulé ce mince filet de bave

prémices des folies lointaines de notre haut-rang

car je la connais bien cette excuse madame

attention à la blessure madame

O Invasor, je ploierai sous ton poids

tricoter encore ces filets-là

ne pas devenir fou

chercher les points

joindre les bouts

morceau

par

morceau

étape

par

étape

tout est fini, y'a plus d'avant

y'a même du pire

on se souvient.


Je renaît?

20/06/2010

285. "comment massacrer mille hommes dans une salle de banquet"


et un jour, Pierre Dessons a dit:
J’entendais partout que le monde que je décrivais était unique, qu’il était immense…

ah oui merde.

17/06/2010

286. la gueule dans le cambouis au petit matin


D'une photo ressurgit un monde que je pensais renfermé derrière une lourde porte blindée.
Mais il en fallait peu, ton souvenir refleuri, je me souviens de ce moment, de ton sourire.
Alors tu me faisais rire, je t'aimais, je sens encore ton odeur, tout au fond dans l'intime. Cette odeur de me quitte pas, du soir au matin. Les premiers rayons de soleils percent la nuit, c'est ton fantôme qui s'estompe avec ma sueur glacée galopant le long de l'échine. Ton odeur.

Elle persiste à la manière de la mort galopante sur les toits de Berlin.


Ce matin je me suis levé, j'avais un souvenir de toi au fond de mon café, ça se voulait réconfortant. J'aurai tant aimé que tu me détruites à nouveau, encore plus...

287. Sérénade à l'américaine


Parfois vers minuit, vous voyez une vingtaine de grosses autos à neuf places pleines de monde et de bruit s’introduire dans une rue morte.
Ah! Ah! Une nouvelle révolution! La police arrive en courant, mais on exhibe les certificats.
Bien, ça va, elle s’écarte.
Alors les automobiles s’ouvrent il en sort des contrebasses, des violoncelles, des accordéons, des harmoniums, une batterie, les cuivres les plus divers, importants et mafflus, et naturellement des escadres de guitares.
On dresse les pupitres. On distribue les cahiers de musique. Les phares des autos concentrent sur le tout leur lumière.
Et tout le monde observe une fenêtre, celle-là ve, esta.
Tout à coup dégueule l’orchestre, et tout le quartier se réveille.
Sitôt un morceau terminé, un autre le remplace, et il y a trois orchestres et trois chefs.
Cependant, un rideau à la fenêtre a tremblé. Regardez comme il tremble. Une jeune fille est là derrière, le jour même de sa fête, une jeune fille est là, mais personne ne la verra. Après une demi-heure les orchestres s’en vont en buvant.
Restent alors le jeune homme qui offre la sérénade, un guitariste, et un chanteur. Celui-ci se met à chanter des chansons populaires avec une de ces voix affamées d’amour comme on n’en trouve qu’en Amérique du Sud, chansons si directes aussi. On devient anxieux. La jeune fille n’y pourra résister davantage, et que les parents parlent seulement de s’opposer aux fiançailles, elle va se jeter par la fenêtre…
Parfois la sérénade se donne devant une habitation parfaitement close et noire. Rien ne bouge. N’importe, on s’adresse aux murs. On est là, sur le trottoir, comme des gens qui attendent un miracle.

16/06/2010

288. When i was a young girl


Rappelle-toi Barbara, Barbie-rat,

Nous faisions l'amour entre tes draps

Et il pleuvait sans cesse sur Brest ce jour-là

Mais Brest est une foutue ville semblable à un trou du cul

Il ne se passe rien, les déchets envahissent tout, le ciel est noyé.
Ville triste, des gueules-fantômes qui n'ont plus la connaissance d'un sourire.

Et tu marchais souriante, comment faisais-tu, ne voyais-tu pas le monde tout autour?

Epanouie, ravie, ruisselante

Sous la pluie

Sous la pluie... car y'en a toujours dans ce coin-là, n'est-ce pas?


Rappelle-toi Barbara, Barbareshka,

Comtesse aux pieds nus, il pleuvait sans cesse sur Brest,

Foutue ville où je fumais sans cesse, enfermé dans mes pensées, dans ton cocon.

Je fumais en tournant en rond, je devenais fou (de toi) dans ce réduit.


Toi que je ne connaissais pas

Toi qui ne me connaissais pas.

Rappelle-toi.


Rappelle-toi quand même ce jour-là.

N'oublie pas.


Un homme sous un porche s'abritait

Et il a crié ton nom

Barbara

Il me semble le voir sous tous les porches Brestois

J'en connaissais ma fin, quelque chose

Et tu as couru vers lui sous la pluie

Ruisselante, ravie, épanouie

Indifférente également à moi, qui tirais la gueule

J'étais devenu des leurs

Et tu t'es jetée dans ses bras

Rappelle-toi cela Barbararama

Et ne m'en veux pas si je te tutoie

Connaissant ma douleur

Car je dis tu à tout ceux que j'en viens à haïr

Car je t'aime, sombre poésie courte

Mais j'aime trop de personnes

Même si je les connais pas


Rappelle-toi Barbara

N'oublie pas

Cette pluie sage et heureuse

Sur ton visage heureux

Cette pluie sur la mer

Sur l'arsenal

Sur le bateau d'Ouessant

Sur ma fichue clope trempée

Ne plus pouvoir trempé

Ne plus regarder

Ne plus te regarder

Alors j'écris


Qu'es-tu devenue maintenant?

Sous cette pluie d'ennui

de honte et de regrets

Cette pluie de la tromperie sonnant l'heure

Parmi les déchets des lieux abandonnés, livrés à eux-même

Comme je le fus moi, reprenant la route

Je repartais vers le soleil, étreinte brisée

Jurant que ma clope ne s'éteindra plus


Et celui qui te serrait dans ses bras

Amoureusement

Est-il mort disparu ou bien encore vivant?

Oh Barbara

Il pleut sans cesse sur Brest

Comme il pleuvait avant

Mais ce n'est plus pareil et tout est abîmé

C'est une pluie de deuil terrible et désolée

Ce n'est même plus l'orage de la guerre

de fer d'acier de sang

Tout simplement des nuages

Amoncelés

Qui crèvent comme des chiens

Des chiens qui disparaissent

Au petit matin, une clope au bec

Au fil de l'eau de Brest

ou naviguant sur les routes d'un ailleurs

et vont pourri au loin

plus loin très loin de Brest

Dont il ne reste rien

14/06/2010

289. au-delà de cette limite votre ticket n'est plus valable!


Elle émergeait des draps et des oreillers comme d'une bataille de cygnes et tendait la main à la recherche d'une branche pour regagner le rivage. Au moment de la plainte, elle cachait son visage comme si elle avait honte et empêchait son cri de monter au ciel en se mordant la main. Je lui dis que j'étais peiné par ce manque de charité pour les cieux.

- J'ai été élevée au couvent par les bonnes soeurs, m'expliqua-t-elle, et je fus surpris d'apprendre que les religieuses brésiliennes faisaient un tel voeu de silence.

290. la rage


à ranger: portraits de Balthus, chansons pour elle de Verlaine, DMZ tome 6, the boys tome 6, ecuador de Michaux et Poteaux d'angle aussi, Oedipe sur la route, Au-delà de cette limite votre ticket n'est plus valable, l'usage du monde, Citadelle de Saint-Exupéry, Walking Dead tome 11, le cercle des menteurs de Carrière, arnaque à l'arrache du sublime Paul Pope, Umbrella Academy, Swamp Thing de Moore, Tank Girl, les testaments trahis de Kundera et autres péripéties...


Je suis un geek formaté.

291. solitude impulsive


Des chariots étincellants que ta cruauté a fait défaillir

Dans le meilleurs comme le pire


Je voudrais un corps, là, tout de suite.

Tu me tues, tu me fais du bien.

ELLE.

13/06/2010

292. Romain Gary, les clowns lyriques


il arrivait même à Willie de penser que ce sera finalement dans une tarte à la crème que l'on retrouvera un jour, intacte, indélébile, l'empreinte de la figure humaine.
[...]
Mais Ann était depuis longtemps habituée à interpréter le langage de son père: il n'était plus que capable de parler à l'envers, se plaçant toujours à l'opposé de lui-même, pour exprimer le contraire de ce qu'il ressentait vraiment, ce qui était, depuis vingt-cinq ans, sa façon de hurler avec discrétion. A force de le déchiffrer, elle avait fini par se composer une sorte de dictionnaire personnel des équivalences. Lorsqu'il parlait d'un paysage qui avait "toute la banalité d'une carte postale", elle savait qu'il avait vu un paysage qui l'avait fait rêver; lorsqu'il parlait d'une littérature de "viande crue", il s'agissait de l'amour; une "femme vraiment primaire" était une femme qui lui avait fait des confidences sentimentales et l'avait ému; l' "art des cavernes" était un art qui composait harmonieusement le monde au lieu de le réduire en miettes, et un "intellectuel digne de ce nom" était toujours quelque estropié affectif comme lui-même, réfugié dans l'abstraction.