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30/08/2010

219. ironie mordante


Alexandropolis
Après la fournaise de la route Salonique-Alexandropolis, le bonheur que c’est de s’asseoir devant une nappe blanche, sur ce petit quai aux pavés lisses et ronds. Pendant un instant, les poissons frits brillent comme des lingots dans nos assiettes, puis le soleil s’abîme derrière une mer violette en tirant à lui toutes les couleurs.
Je pense à ces clameurs lamentables qui dans les civilisations primitives accompagnaient chaque soir la mort de la lumière, et elles me paraissaient tout d’un coup si fondées que je me prépare à entendre dans mon dos toute la ville éclater en sanglots.
Mais non. Rien. Ils ont dû s’y faire.


Ni
co
las

Bouvier

L'us
age
du
mon
de...

220. bien des dimanches d'ennuis ont fait l'homme que je suis devenu


Je n'en savais pas plus sur elle que ce que j'avais partagé, nous étions dans un bar. J. nous servait nos menthes à l'eau, j'étais ivre de quelque chose, sans savoir mettre un nom là-dessus. Et nos passions demeuraient incertaines. Inabordables.

Aux toilettes je repensais souvent à ma grand-mère, à tout un tas de choses, était-ce la couleur du papier peint ou l'odeur du savon qui s'y prêtait, je l'ignorais, je continuais mon bonhomme de chemin revenant ainsi tous les soirs dans ce même lieu dans le but de la voir. Elle ne travaillait pas le dimanche, alors tous les dimanches étaient d'ennui. Elle finissait plus tôt le lundi aussi, je trouvais la journée trop longue quand elle ne venait pas.

Alors j'en vins à connaître le nom de ces serveurs de l'absurde, du grand dadais qui ne savait pas quoi foutre de ses dix doigts au petit nain qui bougeait si vite qu'on ne voyait plus ses mains à des moments. L'odeur du café était toujours délicieuse, les volutes de sa fumée se perdait dans le vide de la terrasse, pour elle je pouvais arracher des montagnes avec les dents, dévaster des océans de soldat, ou me jeter à ses pieds...
J'aimais venir tôt le matin, très tôt alors. Le journal venait d'être livré, je sentais les pages se réchauffer entre mes doigts, leur petit monde débutait inlassablement, pareil à la veille en tous points. C'était un peu le calme avant la tempête.

J'avais goûté tout ce qu'ils proposaient sur la carte, de temps en temps je servais de cobayes à leurs nouveaux cocktails, je n'étais pas plus courageux qu'un autre: j'aurai dû lui dire à quel point elle comptait pour moi avant que les choses ne se compliquent.

Un matin de décembre elle n'était plus là.

29/08/2010

221. des petits anges bleus lui suçe les yeux


Je croise parfois des rayons de lumière dans la vie, ces petites lucioles qui resplendissent dans la nuit tels des sémaphores. D'une femme au cheveux courts lisant un livre au fond d'un bar je passe à un jeune homme au regard étrange orné d'un t-shirt noir.

222. préservation de l'énigme centrale de la vie


Chez moi. Le placard est éventré. Tout dégueule de son intérieur, vêtements, sacs que je prépare, livres et bande-dessinées. Je suis assis sur mon lit, je fume le restant d’une Lucky Strike, une besace trouée en main, attendant de la remplir. Je contemple mon t-shirt Superman dans un coin, je l’ai placé à sécher sur un radiateur dans une position christique, et il trône au milieu de tout ce merdier au sol. Dans chaque cendrier il y a un livre d’en moyenne deux cents pages que j’ai plus ou moins lues, je suis maintenant à trois jours de rentrer de Saint-Malo où j’ai passé une saison d’été qui pour une fois me laisse sans voix. Je ne sais plus trop quoi penser de ce que j’ai fait ces deux derniers mois, voir ces deux derniers mois et demi. J’ai l’impression d’avoir changé sans m’en rendre compte, en effet, je ne sais plus trop ce que je suis devenu. Fièrement, avant de partir, je comptais profiter de ma présence en Bretagne pour écrire un roman qui n’a pas eu lieu. Une vingtaine de dossiers portent des noms bizarres dans mon ordinateur, ce sont les restes de mes écrits inachevés, de ces romans qui n’existeront jamais, de ces longues histoires dont j’ai perdu le fil en cours de route. Je ne me suis pas trop intéressé à moi-même, aux alentours du 1er août je perdais ma voiture dans un accident, un de plus, et j’en étais venu à m’en foutre totalement. Le garagiste me faisait baisser les bras, je comptais m’endormir quelque part sur la route, ne plus bouger, ne plus écrire.

Puis tout le monde, tout autour de moi, mes amis qui se voulaient désireux de me voir écrire une longue histoire sans pour autant me lire avaient fini par me convaincre de le faire réellement. Idiot comme je suis-je leur ai répondu que oui, j’allais le faire, oui j’allais écrire quelque chose, oui ce sera long, oui ce sera tour à tour l’histoire d’un amour, l’histoire de plusieurs amours, des rencontres fortuites dans un train de nuit - ou de jour pourquoi pas - le paysage qui défile, histoire de la pluie à travers les siècles, un enfant atteint d’une leucémie, l’histoire de mes amis, de mes ennemis, de mes conquêtes extravagantes, d’un monde en décrépitude, de mon état le plus intime à l’avoué, de mes amours…

Si je vous écris maintenant que la saison est passée, cher Christian, c’est la preuve que vous aviez raison. J’ai effectivement baissé les bras devant la charge incombée, je me suis replié sur moi-même une nouvelle fois et le résultat est sans appel. Je n’ai rien écrit de conséquent de toute la saison. Mes histoires ne sont que du vent, des courants d’air qui ne vous ont rien laissé à produire, pas plus à publier. On ne me lira pas dans les taxis, ni dans les gares, encore moins dans vos librairies. Vous souvenez-vous pourtant que, avant de venir m’installer en Bretagne - à l’époque je voulais que ce fut définitif - j’étais un jeune homme de vingt-quatre ans plein d’ambitions. Je me demande par où le rêve s’est envolé. Je ne trace plus dans vos lettres qu’un constat bien désolant, ce pourrait être l’état de mon moral aussi, mais je ne suis pas comme ça. À vrai dire je ne sais même pas où me placer en ce moment-même. Bientôt j’irai récupérer une voiture pour m’envoler loin d’ici. Je passerai par chez vous, à Paris même. Je me veux la présence de mon cousin, alors que je ne suis guère proche de lui. J’ai bien plus besoin de vous, de vos conseils, du moins je veux me le faire croire pour me rassurer que je suis encore en mesure d’écrire. Ecriture folle alors, habituelle et routinière.
Vous êtes bien plus qu’un père pour moi, en doutiez-vous?

28/08/2010

223. the great Bob


Car la fontaine absente est plus douce encore pour qui meurt de soif qu’un monde sans fontaines.

224. SOLO


ce que j'aime, l'ambiance polar de la ville, le métissage des nations, ce mélange culturel saupoudré de bouffe indienne semi-végétarienne. La magie est étrange, semée d'embuches. Au détour d'un solo on découvre son art.

26/08/2010

225. mon monde idéal c'est toi


Dans les premières années les routes étaient peuplées de fugitifs disparaissant sous leurs habits. Portant des masques et des lunettes de plongée, en guenilles, assis au bord de la route comme des aéronautes en détresse. Leurs brouettes encombrées de tout un bric-à-brac. Remorquant des charrettes ou des caddies. Leurs yeux luisant dans leurs crânes. Coquilles sans foi de créatures marchant en titubant sur les levées le long des marais tels des vagabonds sur une terre en délire. La fragilité de tout enfin révélée. D’anciennes et troublantes questions se dissolvant dans le néant et dans la nuit. L’ultime expression d’une chose emporte avec elle la catégorie. Éteint la lumière et disparaît. Regarde autour de toi. C’est long jamais. Mais le petit savait ce qu’il savait.
Que jamais c’est à peine un instant.


Cormac McCarthy, the road

226. petit salaud petit pervers où as-tu mis les doigts? d'où viennent ces odeurs étrangères? sûrement pas de moi...


Vous êtes drôles dans vos costumes vous les ministres des clowns. Vous venez dans une boulangerie bon marché, prenez les tartes les moins chers pour régaler les secrétaires qui vous aideront à tromper l'ennui de vos femmes. Ce n'est pas l'argent qui vous étouffe, une poignée d'euros c'est quoi quand on en brasse des millions par jour? Vous irez arroser de sperme Marie-Clarence plus tard, tout de suite, dans l'immédiat, c'est quitter la boulangerie en faisant des blagues vaseuses à votre collègue sur les cuisses d'Hortense, peut-être lui échangerez vous contre Marie-Clarence pendant l'acte, si le coeur vous en dit. Vous vous croyez beau et drôle, votre portefeuille vous donne le plein pouvoir, votre emploi fait de vous un Seigneur dirigeants quelques centaines de têtes pauvres. Vous retournez fièrement, du vent dans les cheveux, à votre Citroën Picasso que vous avez juste choisi à l'époque en raison du nom, expliquant votre passion pour un peintre que vous ne connaissez qu'à peine. Citez-moi donc les tableaux de sa période du cirque, vous verrez...

Vous êtes mal garé, vous vous en foutez, vous repartez en vous moquant pleinement. Charles à vos côtés repasse ce morceau en boucle d'un pur moment musical, parce que vous êtes mélomane à vos heures perdues, vous vous confiez au son de la musique, de la VRAIE musique - comme s'il y'en avait une fausse - c'est à dire que ce morceau est la sonate de minuit, où Moonlight Sonata aimez-vous dire depuis que vous avez vu ça sur Youtube. C'est beau. C'est grand. Pourtant, dans le silence inquiétant de la voiture, bien que le piano est poussé à son volume le plus sonore, vous vous confiez, comme j'ai dit plus haut.

"Charles..? Je vais me pendre ce soir dans ma douche."

Charles en rigole, il éclate d'un rictus misérable car il pense que vous blaguez une nouvelle fois. Et comme vos blagues ne sont jamais drôles et qu'il fait semblant de rire à chacune d'elles, vous devenez encore plus méprisables à ce moment-là. Et même la coke que vous vous enfilez dans le nez tous les soirs avant de dormir sur la cuvette des toilettes ne vous fait plus rien du tout. Ce soir vous allez vous pendre. Mais pour l'instant vous vous dirigez vers votre ultime orgie, Marie-Clarence prendra cher, vous profitez de cet instant glorifiant musicalement parlant, vous vous rassurez. Oui, vous êtes misérable, une merde absolue, mais à l'intérieur vous êtes un dieu.

24/08/2010

228. rumeurs sensibles, petits matins que toi seule peut comprendre


Il y a dans l'air que l'on respire comme une odeur, comme un malaise.
Les rats s'apprêtent à s'enfuir du radeau, délaissant les cadavres.
Les disparus disparaissent encore plus.
Les destructions sont magnifiques.
Un demi-tour un peu plus loin, et cherche la date, cherche.
C'est comment qu'on freine??