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31/12/2010

151. 2011


Ah mais quand on aura des enfants, imagine, ils seront alcooliques, nous appelleront dans la nuit pour nous annoncer la mort immédiate de leur véhicule. Ce sera trop cher, on parlera pognon à tous les repas en oubliant l'amour, ton visage se dégradera à l'inverse du portrait de Dorian Gray et on pourra rien y faire. Finalement n'ayons plus d'enfants ni d'amour, plantons des fleurs, couchons avec nos amants tout de suite, mettons le feu à la planète, qu'elle soit invivable, irrespirable, qu'on fasse une grande fiesta, tous à poil et on se caresse. Que l'amour tue le monde dans son abscence de logique. Soyons à son image: illogique et suicidaires; sans lendemain.

30/12/2010

152. éloge de la fatalité


Avant j'avais le bagoût, de l'or dans la bouche et des étoiles plein les yeux. Je me répète à présent beaucoup sur l'amour perdu, je ressasse, et parfois il m'arrive de réaliser comme un vieux qu'avant c'était mieux. Dans un coin de mon grenier j'avais ainsi caché les photos de Sarah, lorsque, par hasard, j'en revîns à elle. Le temps avait passé sous les ponts, je n'étais plus le jeune adolescent des jours heureux mais un travailleur demi-loup qu'on apprivoisait sans cesse avec une femme qui, bien que plus jeune, dépérissait à vue d'oeil de son éclat merveilleux qu'un jour j'avais aimé. Mais Sarah était au-dessus de tout ça, assis sur une caisse dans le grenier j'étalais les photos de son corps nu, ses seins parfaits, sa peau bronzée, son sexe, ses lèvres, l'éclat de sa crinière. Sarah était une lionne qui m'avait quitté, je l'avais compris un beau jour que j'avais trop aimé, trop idéalisé sa perfection, mais corporellement elle était bien là. Revenue de loin. Sarah était la bombe sexuelle par principe, elle était merveilleuse dans tout ce qu'elle entreprenait, par amour pour elle j'avais abattu des montagnes, mais il m'arrivait de ne plus croire à ce passé où j'étais encore à ses côtés. Son nom s'effaçait ainsi que les formes de son corps. La couleur de sa peau ternissait, je jalousais d'autres femmes plus belles encore de ne pas me prendre moi qui avait su cacher pendant un temps un diamant sous mon aisselle. Mais le pire, dans tout ça, c'est qu'elles passaient, lassives, abusées, flouées, elles s'éloignaient de moi avant que je ne les touche. Alors mon regard se perdait sur d'autres, de moins en moins belles. Je me rabattais sur ce que je pouvais. De Sarah je passais à Sonia, plus terne de goût. De Sonia je passais à Céline. De Céline à Octavie. Ainsi de suite jusqu'à ce que je connaisse ma femme. Leurs corps m'allaient très bien, pour un temps. Je n'avais plus de diamants, le passé était révolu, mon image aussi se ternissaient à mesure que j'avançais dans le temps. Je me suis marié au moins de juin avec une femme que je ne connaissais pas, que je n'aimais pas, mais qui recelait d'autres rubis cachés en son sein. J'étais devenu un vieux con, Sarah faisait partie d'un passé qui n'a jamais existé ailleurs que dans un lointain chimérique. J'étais passé de mode, tel un vieux loup, j'avais perdu du poil de la bête. à présent je me languissait dans un bar des touristes passées, je buvais un coup à la mémoire de nos corps tombés, sur des rochers je pleurais encore parfois n'être qu'un ingrat qui voulait la perfection. Mais, le corps n'existe pas, l'âme est merveilleuse, m'a-t-on dit pour se rassurer. En quoi fallait-il croire alors?

29/12/2010

153. "et les tours sombrent"



je n'ai jamais reçu le prix.
Tu es tombée amoureuse d'un clown lyrique.
Il a souffert de tomber amoureux dans l'escalier.
Elle s'est laissée guider les yeux fermés

Nous vous avons laissé tranquille.
Vous étiez mortes de trouille.
Ils sont tous morts désormais.
Elles sont des anges d'éternité. à l'aube des temps.

154. trois petits points argentés


Avais-tu regardé l'absente file des voitures qu'on abandonne le long des quais de gare? Moi oui, à partir du café où, avant de partir, tu me dévisageais. J'étais abandonné dans la contemplation extérieure, au-delà de la vitre tu n'existais plus, je pouvais vaquer librement à t'imaginer, à imaginer un monde sans toi. Non pas que l'amour était mort entre nous, ton regard perplexe me laissait encore plus songeur qu'avant, mais dans ce trop plein d'amour fou j'avais envie de fuguer un peu en imaginant les milles scénarios possibles. Mon écriture tournait en rond, si tu le dis, mais il y avait la neige dehors sans toi, les voitures contre la gare sans toi, des passants qui marchaient d'une manière immobile sans toi parmi la foule, la grande horloge sur le quai qui tourne à reculons sans toi et aucun amoureux sur les quais pour t'attendre, j'étais parti. J'essayais de conjuguer au futur, me dire: "dans cinq minutes tu vas partir. Je porterai la valise jusqu'au plus proche, je te déposerai au pied du train. Nous nous embrasserons. Nous nous dirons au revoir je t'aime bisous mon amour. Je t'enlacerai une dernière fois sans une larme, tu réfrèneras les tiennes. Tu monteras dans ce train sans te retourner, tu iras t'asseoir, ta valise posée sur tes genoux où placée là où il ne faut pas. Ton menton tremblera, ton visage paraîtra austère, je ferai un signe de la main et même je pourrais courir le long de la voie à côté du train qui s'en va après le coup de sifflet du contrôleur, la fermeture des portes, le silence du départ dans la fureur de la machine se mettant en branle. Tu ne pourras résister de me sourire, j'abandonnerai finalement ma course, le train étant plus fort que l'homme ou que Superman, c'est bien connu. Ton image s'effacera, je poserai le premier pas d'homme esseulé en-dehors des quais, longeant la procession cadavérique des voitures échouées en dépose-minute. Je t'enverrai un message dans le train qui dira je t'aime tu me manques bonjour aurevoir mon éternelle. Enfin, je retournerai à ma voiture échouée lamentablement sur la place, je lancerai quelques gouttes salées en-dehors de mes paupières dans le carcan glacée du véhicule. Je hurlerai peut-être de fureur "Hélène est partie" bien que ce ne soit pas un adieu, bien que tu reviendras après les vacances. Je pleurerai pour cette séparation, affaire de quelques jours tout au plus."

25/12/2010

155. petite puce


J'ai fait tomber une dent dans évier, quelques mèches de cheveux, un brin d'épicéas, quelques souvenirs. Dans le grand cercle d'émail j'ai donné aux flammes une photo de nous quand nous étions gosses. Un peu d'estime de soi est aussi passé à la trappe, je me suis souvenu des grandes vallées, des odyssées d'autrefois, lorsqu'enfants nous étions les seigneurs d'un peuple de moutons ou de trois chevaux made-in-normandie. Dans mes souvenirs y'avait un chien aussi qui courait tout autour de nous, un pauvre cabot trois-francs-six-sous. On le surnommait Sissou d'ailleurs, non? j'ai jeté un peu de lui dans la grande bouche de l'évier, avec un collier de perles de ma mère qui le tient de sa mère qui elle-même le tient de sa mère et qui... ainsi de suite. J'ai versé quelques larmes ensuite, mon visage se démolissait dans le grand miroir édenté. L'ampoule clignotait, j'ai jeté quelques pièces, quelques cailloux, quelques babioles. Un whisky pur malte et mon meilleur cigare. J'ai rebouché le tout avec du sparadra, un peu de ciment, et j'ai bétonné l'entrée de la salle de bain. Au petit matin du jour suivant, le soleil me surprit un verre à la main assis dans mon trône lugubre. Je régnais sur des bibliothèques vides, mortes, évaporées. Dans mes yeux on lisait l'oubli. J'ai voulu me laver le visage, je me suis demandé quel con avait fermé ma porte de cette manière. Alors j'ai attendu patiemment le lendemain. Demain sera un autre oubli.

23/12/2010

157. j'aurais pu la j'ter dans l'ruisseau ou la siffler rien que pour les oiseaux


La boîte de marrons glacés m'a fait penser que la dernière fois je savais que tu allais mourir. Tes tuyaux partout sur ton corps, mais c'était un peu de toi qui tombait avec la neige, un peu de ton époque dans les roues des voitures coincées dans la semoule, au final j'ai évoqué ton souvenir dans un coin de ma tête. Te souviens-tu sur ton piédestal lointain de quand j'étais môme? tu nous traînais ma soeur et moi devant la maison, sur ton traîneau de bois, nous nous régalions de tes chocolats, de tes marrons surtout, de tes farces édentés. C'était le bon temps, le temps du ruisseau de la vie coulant dans la vallée, ce mélange d'innocence où il faisait bon vivre au coin du feu et de vérité quand ta femme s'était endormie pour toujours dans son lit de raideur. J'avais ton silence au creux de mon épaule parfois, je t'avais porté une fois, tu étais si léger, c'était sur la fin. Tes cheveux étaient blancs, ta langue devenait celtique, tu avais oublié jusqu'à notre existence je crois, mais dans ta langue bretonne tu semblais revenu en arrière dans un temps reculé des autres. Qu'étais-tu alors dans cette époque? Tu étais roi des marrons dans un monde de monstres gigantesques. Tu étais roi des marrons sur un royaume de gourmandises. Ta femme gérait les cartes et le passe-temps, de la neige y'en avait tant que tu voulais, du sucre-glace chaud, pas besoin de dents. Ton poulet journalier se baladait dans les rues, paré à cuire. J'ai regardé passé bien des souffrances, mais parfois de temps en temps ton souvenir me réprimande encore, il m'engueule: "pourquoi cette année encore n'es-tu pas venu sur ma tombe?" et moi de revenir tout petit entre tes remontrances, j'étais occupé, je m'invente des histoires, mais dans le vrai du faux toi seul connait la réponse, toi seul me connait mieux que les autres.

21/12/2010

158. il neige en enfer parfois


Le lot des hommes est d'accepter le froid, de l'endurer, sans pour autant que celui-ci ne les épargne. Les volets sont pleins de givre, les édentés nous sourient, on passe en costume dans des villages fantômes étriqués. L'avenir est parfois conjugué au passé, les anciens s'enterrent, les jeunes et les moins jeunes sortent le nez dehors par moins ... °C. Les chiens errent au ralenti. L'homme pressé est un pic monté sur skis. Les repas sont des platrées. On recolle au temps des guirlandes de l'année dernière, des oraisons funèbres qui serviront pour le prochain, ce qu'il faut de lumières clignotantes sous des nuages lourds de sens. On décroche l'épouvantail, on errige le bonhomme rondouillard à la carotte nasale. Un chapeau sur la tronche bien trop grand. C'est l'hiver qui vient vite ici. Le vent sec. Les choucas volent bas. La même rengaine que l'année dernière. Oiseaux de mauvais présage insignifiants dans la tourmente. Il se dit que l'hiver sera long, froid, chaud, court, bleu avec des paillettes roses. Le grand cirque de l'étrange se met en place, habitué à la Russie profonde, le froid ne fait plus peur, on s'y habitue, on est sevré, enfin, après une longue journée passée dehors à attendre, la clope éternelle dans un coin du bec, on se rentre, au chaud, la différence se fait sentir, d'un coup l'on s'endort. Bonne nuit.

20/12/2010

159. je n'ai jamais été un immortel


Toutes les idéologies ne sont que les justifications et les alibis de certains sentiments, de certaines passions.
Dit Ionesco à Claude Bonnefoy

19/12/2010

160. à tout moment la rue


le petit homme bafoué qu'on lui a crachouillé au visage des litres de merde pas croyable, impossible en fait de comprendre quand le souffle de vie deviens libérateur après qu'on se soit accroché avec tenacité aux ailes du phénix pour remonter aussi haut. Bien sûr, l'être humain est con, il ne peut pas comprendre ce que le petit homme a enduré, il est passé par ici, il repassera par là, drôle de comptine au passage. On le foudroie encore, on veut qu'il meure, il le faut, que la bête meure! ah les salauds, il t'ont pas gâté hein? mais comment faire face au public le lendemain d'une nuit de sang? comment revenir sans oublier, sans omettre, ne pas parjurer et ne pas raconter car on a pas le droit. Il ne reste que la voix des chants des partisans, mais encore celle-là te paraît fausse dans chaque poème, même tes mains semblent mentir quand tu prends un stylo pour écrire. Quelques larmes tombent de tes joues, alors on crie au scandale, même pleurer on te le refuse. Puis tu remontes un peu plus, devant des yeux, des têtes, des poings qu'on brandis bien haut. Ouais, même de ça on ne peut comprendre que ça peut paraître libérateur, de bouger ainsi à en devenir fou, à en crever, comme une drogue longtemps accumulée dans le sang de nos lointains ancêtres. Et les fous ne peuvent comprendre, ils ne se jettent ni sur la haine, ni sur le mépris mais sur l'inculture en brandissant une sous-culture d'opérette à défendre les huiles. Ils se jettent aussi sur l'incompréhension, qu'en savent-ils eux de la prison, d'un fait-divers, de toi? il n'en sauront jamais plus, ils ne verront pas plus loin que le bout de leur nez et c'est bien dommage. La rancune est tenace soutenue par les flash, malheureusement. Moi dans ma nuit à étoile unique j'aimerais bien te rendre un hommage à ce que tu fais et non ce que tu as fait, et ça serait non pas le dernier hommage, mais le premier. Jamais le dernier. Parce que j'ai grandi avec des mots, une voix, et que je suis un homme au milieu de la tempête.