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15/04/2011

117. [...]


La pluie tombe Tout est nuageux et pluvieux Fleurs du printemps que cherchez-vous? … Et toute cette eau qui tombe et tombe Ce sont les larmes de mes yeux…

118. le malheur des uns fait le bonheur des autres sans aucune gêne


Oh Bella, il a des cheveux mi-longs coiffés en pétard, son air un petit rockeur sérial-loveur d'auto-stoppeur. Sa guitare rebelle en bandoulière saura te faire gémir de plaisir toute la nuit, il te parlera écologie-gouvernementale, t'entraveras rien mais c'est cool qu'un homme te parle avec autant de mots complexes sur un air suave. C'est ce qu'on appelle le générique, il a son jean moulant, ses t-shirts à ras-le-corps, t'en mouilles ta culotte rien qu'à le voir. Il bouffe végé-thaï-ch'ais-pas-quoi, t'aimes ça. Le culturisme c'est pas pour lui mais il s'entretient, il fait du vélo quatre fois par jour en ne prenant qu'une douche longue et tiède.


Pffff...


Je serai jamais l'écrivain de mes deux en écrivant de la merde en boîte. Il y a les routes du monde tout autour qui m'attendent, c'est pour bientôt. mais d'ici là il faut encore supporter les longues heures d'attentes déprimantes, ces longues angoisses, j'ai fini une histoire, après celle-là il n'y en aura pas d'autres. J'ai fini ce que certains caractérisent "roman" et ça me gave qu'on dise de moi que je suis un artiste. Tu commets quelques dessins, t'es forcément un artiste, un génie avec de la gueule. t'as du charisme, t'arrives à draguer, d'accord, tu aimes tout avec passion, tu es super sensible au monde qui t'entoure, mais la vérité c'est que tu te sens seul, bien trop seul. Et ça aucun texte ne peut te le donner, aucun dessin, aucune personne. Il te fallait une seule chose au monde, mais cette chose tu viens de la détruire. Le plus rageant c'est que cette chose tu l'as effleurée avant de l'avoir, alors ton paradis perdu est si loin désormais que c'en est devenu impossible. Tu pleures toutes les nuits, tu bois trop d'alcool, tu fumes trop, tu couches qui avec n'importe mal, le cliché même du gros dégueulasse des films d'horreur qui se fait dégommer dans les cinq premières minutes de film, alors que le héros se barre en courant avec la pimbêche. Y'aura toujours quelqu'un pour te dire "tu veux mieux que tout ça" mais au final y'aura jamais personne dans mon genre pour me dire qu'elle s'appelle "ça".


C'était la note con du jour, amen.

14/04/2011

119. Merci de me haïr sans raison


Il a ta trace de dents sur son épaule, de temps en temps ça fait mal quand on appuye dessus. C'est carrément douloureux. Mais il lui tire les cheveux, il lui crache dessus, son sexe violacé reprend des forces, ils sont nus dans la tiédeur printanière. C'est un plaisir de se battre, cette lutte incessante comme dans un tableau de Bacon. Il lui bouffe le cou, les seins, les genoux, l'oreille gauche, elle mord jusqu'au sang, elle a des dents de vampire, ses ongles s'enfoncent aussi loin que les tirades sortant d'entre ses lèvres. Elle sursaute, il prend des objets maintenant, la grande masse, l'enclume, le marteau, les rivets, des clous oui! elle lui gaze le visage en pestiférant: "tu n'es qu'un moins que rien, un impuissant, un demeuré!" et il le sait très bien, espèce de pute borgne, il l'a toujours su, toute sa vie on l'a replacé tout en bas de l'échelle, il a fait du surplace, il ne pouvait pas monter, soit à cause du prix exorbitant, soit par peur du vide qu'il allait avoir en haut. Mais l'effort aussi insurmontable qu'il puisse être ne pouvait retenir son envie de grimper sur des hauteurs bien plus hautes. Alors elle en rajoutant des poings, des larmes, en hurlant, sa voix rocailleuse tout contre son corps, elle encore, dans cette débâcle "enculé!" lui montrant ce que c'est la sodomie. Il hurle à nouveau, se dégage d'un coup de coude, il abat le marteau contre sa pauvre gueule trop pleine de rimmel, son cri stop net, le temps se suspend, il y a eu un "crac" sonore, plus rien. Son corps inerte, ses seins en l'air, ses yeux grands ouverts dans le vide. Elle est morte. un instant il pense à baiser son cadavre, mais il n'est pas tombé si bas. Elle est morte. Il s'adresse à son fantôme: "je croyais que tu aimais le sadomasochisme, salope!" Il se rhabille sans se retourner sur son cadavre qui déjà refroidi, le coeur est bien arrêté, la respiration coupée, le temps peut reprendre sa route. Elle est morte, sans fantôme sans rien, sans aucune fioriture, sans enjoliver le texte. Elle a eu la mort qu'elle voulait?

05/04/2011

120. j'étais parti pour écrire sur ma mère et puis non!


C'est en écoutant la musique classique d'un piano à l'autre bout du boulevard Saint-Michel en plein Paris que je me suis mis un jour à peindre follement cette dernière toile. Elle faisait six mètres sur deux mètres du haut de ses dix doigts, elle avait le regard clair des grandes passions caractérielles. Les dix premiers centimètres elle avait jouée sur le fil du couteau un prélude de Bach, la longue caresse du pinceau qui s'ensuivit, agonie de l'instant, tout n'est que fuite pouvions-nous penser à l'écoute. Le temps était chargé de grisaille, il pleuvait de grave en aigu, lentement, tout doucement, les petits détails et reliefs, le fondu-enchaîné de la peinture, les aplats, le format délicieux de celui qui - entretemps - s'oublie à même la toile. Un arc-en-ciel c'est bien plus magistral en musique, c'est la lumière perçant l'obscurité, le peintre divin. La voici qui se sert de ses poings, elle hausse le ton, la tragédie s'accélère, je bois une lampée d'un vieux whisky dans ma tasse à café, quelques pas en arrière, c'est l'instant final, les derniers débordements, il me semble que tout se presse en un instant, quatre minutes clouées ensemble. On retient sa respiration, sa robe noire est plissée, nos mains sont moites, le temps toujours ce putain de temps qu'il soit dans l'air ou partout, il s'infiltre, un jour il détruira nos oeuvres, nos vies qu'on s'en fout, mais l'éternité, quel dommage! Et l'Hippopodame est revenu à sa place, juste après, c'était un autre temps, les années 50, j'avais la clope au bec dans ma chambre de bonne, et de l'autre côté de la rue une musique que je n'entendrai plus jamais de ma vie, qui me hantera pour toujours. Comme ma toile de six mètres sur deux, complètement foirée, que jamais on ne m'achètera. L'éternité n'était pas faite pour moi. L'oiseau noir s'est envolé de son fauteuil d'orchestre, un léger sourire sur ses lèvres, la tâche accomplie. Elle s'en va dans la cuisine, revient au bout d'une minute, une tasse de thé à la main qu'elle sirote lentement le long de l'encadrement de sa fenêtre ouverte. Son visage fin est celui d'un rapace, lentement elle quitte l'encadrement, elle s'envole, j'ai peur, je veux courir à elle, mais elle s'envole, loin, plus loin qu'au-dessus de tous les Saints de la capitale. Elle est déjà au paradis, et l'autre est encore ici, c'est un autre monde que le nôtre, quand nous évoquions le piano, la tête sur l'oreiller, dans les bistrots, entre deux clopes, entre deux chansons, entre deux amours.

04/04/2011

121. Salman Rushdie, les versets satatatatataniques


Le martyre est un privilège,

dit-elle doucement.

Nous serons comme des étoiles;

comme le soleil.

122. about ghost


J'ai toujours mon petit fantôme à mes côtés, le plus personnel de tous. Te souviens-tu? je lisais ce livre étrange, l'île des revenants, mais sans revenants. Où alors était-ce Babylone vous y étiez nue parmi les bananiers, je ne sais pas. Je n'avais d'yeux que pour les siens, des délavés-Signac, sur cette peau grillée. Babylone, vous y étiez nue... J'ai délavé le nom, le corps et tout ce qui faisait de moi un homme; l'autre se moquait toujours de moi "qui a déjà vu un fantôme de fantôme?" mais... La pluie tombait à terre, les oiseaux volaient bas, mon chat perdait ses poils, l'hiver était terminé, les pistes de ski fermaient, des gens mouraient à travers le monde.

"Nous n'irons plus au Japon" chuchotait Kim à mon oreille en s'endormant, je m'en grillais une autre dans la nuit sans étoile, mon visage illuminé seulement par l'écran de l'ordinateur, mon pénis en vrac sous les draps, le dégoût de tout. Babylone, toujours Baylone, jusque sur cette foutue île du bout du monde. Ton prénom jeté comme ça d'un goût, par un portier je crois qui avait scandé par principes les lettres formant ton prénom écorchant les R. Le bacon du petit matin glissé sous la porte, des repas étranges, des suites dans des motels minables, des verres qu'on ne termine plus, des clopes qu'on éteint, un abribus éclaté, la pluie qui tombe sur moi, le jeu du chat et de la souris que d'un seul côté de la barrière. Le fantôme traînant jusque dans les feuilles des palétuviers, jusque dans les Narcisses, jusque dans les Tulipes, les herbes à chat, diverses conneries végétales. Aucune symbolisation de la personne, aucune métaphore, elle est là, sans piper un mot dans un coin, ses yeux grands ouverts me contemplent, je sais qu'elle sait que je sais qu'elle pense ce qu'elle pense de moi qu'elle sait je crois je pense que c'est la mélancolie utopique. Sydney m'attend, la Toscane, Manosque, Saint-Malo, d'autres vies, d'autres rives. C'est toujours la même chose quand on fuit ce qui nous hante. Pas de logique particulière à ça, j'essayerai d'écrire un roman un jour. Long comme le bras pour faire plaisir à N. qui me lira / me lira pas à l'ombre d'un sapin en été, dans mes vallées improbables, en souriant, en pensant "je savais qu'il savait que je savais" elle roulera sans doute dans l'herbe par folie, elle aura tout compris.

27/03/2011

123. depression - world - concave


Et j’ouvrais la bouche, à moitié morte ou à moitié endormie, et je disais, sensass, Elena, un mot d’argot mexicain que je n’utilise jamais parce que je le trouve moche. Sensass, sensass, sensass. Comme c’est horrible. L’argot mexicain est masochiste. Et il est parfois sadomasochiste.



Roberto Bolaño, Amuleto



J'passe de sass sensass

et mes visites s'espacent

Al

AIN

BASH

UNG...

124. je n'aime plus


Et tous les océans sont gelés, les terres puent la merde, les rivières sont polluées, les montagnes contaminées jusqu'au nuage. à l'intérieur des villes ça pue encore l'infect, des immeubles dressés comme des pierres tombales, les grandes pancartes rabatteuses, le même tapage, le même topin, les légumes avariés jusqu'aux bouffes moisies à un niveau mondial. ça pue également le gras et l'obscène, c'est des couleurs vicieuses qui vous déchire les yeux en faisant jaillir vos entrailles, j'opère en irréel, je me moque de ce pour quoi je suis dépendant. Dans les caves on hurle pour se faire entendre qu'il faut du positif, vivre pour le meilleur et sourire. L'autre con gare sa bagnole n'importe où jusque devant l'ambulance car il ne pense qu'à son propre confort. Il veut de l'assistanat, le monde est con au demeurant. Y'avait aussi celle qui n'en pouvait plus de faire l'amour, de penser à son propre plaisir, de peiner les autres dans son confort, de ne regarder que son nombril. Il y'en a beaucoup trop des nombrilistes, pas que au jeu de l'amour. Les amis vont et viennent, ils n'hésiteront plus à tuer leur mère pour un petit magot quand ça sera enfin rentré dans les moeurs. l'injustice parcourt le monde, elle part en vadrouille dans chaque parcelle d'une planète décrépite, elle rigole dans son coin en attendant la fin. Les oiseaux paraissent voler à l'envers pour ne plus regarder en-bas, les animaux nous ressemblent de plus en plus en mieux, nous comprenons enfin qu'on s'est gouré de société, qu'on s'est gouré de combat, de pays, de planète, de vie, c'est pas ici que ça se passe pour le confort, c'est ailleurs. Veuillez passer votre chemin, au passage laissez-moi cette boule en vrac, perforez ce globe de part en part, vous avez bien raison de ne plus laisser de traces de votre futile existence, il faut toujours jeter ces brouillons à la poubelle me disait le con de la veille, il n'avait pas tort, mais il était con.

17/03/2011

125. sometimes later


La pluie tombait et il faisait froid. Tout un cercle de données pulvérisaient mon crâne, battant jusque sur mes tempes brûlantes. Les rayons oranges-violacés des néons, le noir du macadam. L'autre me parlait, je n'entravais plus rien, mon cerveau ne daignait même plus lui répondre, je crois que j'avançais en rythme automatiquement. Zombies dans le lointain, brumes qui se lève au loin derrière les immeubles de la gare. Pluie fine, mince péllicule d'eau sur le monde qui m'entoure. A. avançait doucement à cause de ses pieds, l'accent du mec qui se disait français, grenoblois, iroquois qui déboule maintenant. Y'en avait même un autre qui clamait son rap familial, bouge pas papa, je vais te la faire à la bien, ouaich cousin, bien ou bien? le pétard passé de main en main, sa couleur délavée par la pluie, l'impression que ça donne quand on le croit éteint et les yeux du premier fou quand il racontait "j'ai tué un mec à bout portant, là, comme ça, je sors de taule, je suis interdit de séjour six mois dans ma cité". Je tremblais pas de peur, ma veste trop fine, mon t-shirt qui ne voulait rien dire, ma mine triste, ma barbe de clown, mes yeux fatigués qui le sont toujours, ma clope qui s'éteignait dans ce début de vent. Mes converses grises trempés, mon odeur de sciure, la mélopée fuyante des voitures tout autour de la gare qui s'éloigne, peu à peu, à mesure que l'on s'éloigne, peu à peu. Nos démarches pas du tout réglementaires quand l'Autre ne voulait pas attendre A., elle avec sa capuche, son accent également, les tribulations dans le dédale de la Vieille Ville aux pierres moisies. Chris Marker, le réal. de la jetée. J'ai pensé à lui sur le moment, son nom m'est revenu d'un coup, je n'ai pas su expliquer comment il était venu, ni qui il était vraiment. La pluie me réchauffait en me refroidissant le crâne, mes tempes brûlaient toujours, la rencontre fortuite avec un marseillais qui ne savait plus où boire. Sa montée sur le bateau-radeau-de-la-Méduse-merci-bonhomme. Ca a un coup de reviens-y. Les portefeuilles en évidences, les deux types hurlaient à la lune: j'ai du fric, j'ai de la thune, je veux me poser avec une femme mais fini les conneries, maintenant je deale à mourir pour passer le temps, mon dernier coup pour enfin devenir réglo, et devant la porte du bar fermé on les laissa là, à s'engueuler avec un videur appelant les flics, le troisième homme se mêlant de trop près de nos affaires, à A. et à moi, je n'aime pas trop ça. Nos pas revenant à la voiture tout doucement, celle-ci m'apparaissant comme une délivrance, le réceptacle qui allait nous emmener jusqu'au sommeil, 1h30 environ dans le cul. Il pleuvait sans cesse, je marchais trempé dans les quartiers ensanglantés de ma jeunesse. La dérive du clignotant, mon volant qui tourne tout seul. Spider-Mobile en désordre, voiture-Frankenstein. Dans mon sac le bling-bling ennivrant de trois bières paradantes. Alors il y avait le fantasme de les boire, de se réchauffer, de l'amitié, le jeu de l'amour, c'était un roman déconstruit, le mythe des années 80 qui nous avait vu naître et le deuxième millénaire qui nous tua, ce fût l'âge d'or de la connerie, de notre jeunesse provisoire, le fait que le monde n'allait pas tarder de s'écrouler, l'histoire des squats sous la pluie à minuit quand le ventre est vide de toute substance solide, le sexe la drogue le punk les femmes les courses poursuites à l'américaine A. et tout ce qui s'en suit comme autant de douleurs dans mon crâne quand je pense à tout. Le spectacle est fini disais-je, de mon siège je n'avais pas bougé, dans mon oeil la vision aphone se tua, je tenais en main la fourchette remplie de mon plat américo-latino, dans une autre main du mezqal. Sur la table, un dessin représentatif: deux dragons se chamaillant.

13/03/2011

126. y'a des traces de toi sous ma peau


Je avait une autre version couleur pomme
mais les mots de elle passés dans le mixeur
sont forcément autotamponeusement drôles
pathétique aime bien son mot des foules toi
Je avait bien lis et pris et en ajoutant des hé
partout là où ça sans bon des ôdes heures de
Elle-t-o-i-Elle-comment-ça s'écrit Aile dis
Faut-lis partagée tout ça dans le mixeur
histoire de radiateur que je hais-me car
je elle me ai toi ai moi je elle capté votre hâte
en Scion, protocole, méduse, ô revoir



Je vous rends toute sympathie, faîtes-en bonne usage.