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19/09/2011

88. en amont de la route sous le petit bois



Il y avait également cette longue plage en grève, le bruit de la mère qui roulait en bas, hurlante, criante, vociférante des injures contre les fils, de tous temps immémoriaux. La grande plinthe, qui faisait fuir les touristes, ces mouettes gueulant dans le vent qui sifflait. Cette ambiance d'aimante. La 4L garée plus haut sur du sable mou, ce petit quelque chose de nature sèche, les frémissements d'une radio dans le lointain vers les habits à Sion. Qu'elle était belle, ce petit bout de femme dansante, un thé dans une main une ombrelle dans l'autre, son sourire merveilleux d'un autre tant qu'elle disait ne plus en vouloir. Ras-le-bol du passé, je veux fumer, je veux aimer, je veux chanter et danser. Tournons toutes les pages, sautons les chapitres ils vécurent heureux et patati et patata, ils eurent beaucoup d'enfants, oui, des centaines, des millions, toute une espèce humaine... Le soir elle rentrait à l'appartement, les vêtements trempés, le sourire de biais, figé par le froid qui venait de la saisir sur place, ses lèvres violacées, se discours sur la méthode, ce bien-figé dans les ténèbres de sa peau-porcelaine. Elle voulait aimer seulement. Puis elle disait, puis elle voulait, surtout ne pas montrer qu'elle était foutue, perdue, qu'elle n'avait plus rien, plus aucune carte à jouer. La 4L était restée là-bas, elle était bien, disait-elle, elle pensait sans doute qu'elle allait pousser comme une plante. Va donc savoir. Et la lune montait dans le ciel, se réchauffant au coin du feu en écoutant les chants de la mère au loin dans le noir, en contrebas de la maison qui disait: "et je vous aimerai toute ma vie, et je vous aimerai toute ma vie". N'avez-vous jamais entendu le souffle même de la vis?

14/09/2011

89. Synthèse






- Tu vois, je n'ai été heureux qu'avec toi, sans toi, depuis, je suis malheureux.

- Mais, et ces photos récentes où tu es entrain de sourire..?
- Des faux, je ne souriais pas, je faisais semblant, toute ma vie j'ai fait semblant.

90. le portrait de Dorian Gray



« - On dit que les bons Américains, quand ils meurent, vont à Paris », dit avec un petit rire Sir Thomas, qui possédait une vaste garde-robe remplie des défroques de l’humour.
« en vérité? Et où vont donc les mauvais Américains quand ils meurent? Demanda la duchesse.
- Ils vont en Amérique », murmura Lord Henry.









12/09/2011

91. l'instant vertigineux



Je n'écris plus pour toi, parce que bien des choses ont changées. Tu es toujours omni-présente, chaque matin, la cicatrice béante au milieu de la gorge, je fume pour oublier. Dans cette maison du bout du monde qu'on a bâtie tous deux à flanc de passé, je me suis rongé les sangs bien des fois. J'ai tourné en rond de la cave au grenier, à présent que tout change encore j'y retourne, je déterre de vieux souvenirs, j'enlève la poussière sur les cadres qu'on a accroché aux murs par mégarde, un instant d'autrefois que j'exécutais en me croyant heureux. J'écoute de vieilles musiques de toi, des vieux morceaux, la blessure béante et tout ça, celle qui me fais boire pour oublier. Et jamais je ne cesse de retourner mes désirs, mes frustrations dans mon crâne qui tourne à mille à l'heure, ça fait mal, ça brûle, j'ai beau me détruire pour aimer je ne sais plus ce que ça fait ce remplissage. Et l'oiseau usé aux ailes déchirées que je suis ne pourra jamais retrouver la splendeur des aigles, il ne retourna jamais au nid, je suis le martyr de mes propres démons, le serpent se mordant la queue, tout est de ma faute, je n'en ai que trop conscience. Les mots de Mickey ne me font plus rien, tes dessins archaïques sont depuis longtemps au feu, tes souvenirs resplendissent, un éclair dans le lointain, le soleil qui brille le lendemain, le jour nouveau, les promesses, au cul! Je me complais dans mon malheur, dans cette destruction incessante, dans ce brouhaha d'idées, ce vacarme, tu le vois comme je l'aime mon monde? Il est beau, il est élégant, c'est un dandy d'un nouveau genre face à la pute aux cuisses écartées d'en-face. Mais dans cette maison je suis revenu quand même, comme on revient de tout. Je t'ai aimé pour rouvrir la blessure à nouveau, j'ai jeté ta nouvelle adresse au feu pour ne plus te poursuivre. à présent je caresse ta joue d'une texture nouvelle, la regrettée joue que je ne peux toucher, le solide ne touche jamais l'air ambiant si tu veux tout savoir.

24/08/2011

92. l'art(iste)



L’absurdité du présent intérieur, elle joue avec ses poupées sur la toile, s’amuse à couper le sexe humain pour le remplacer par ses jouets. Le sac enveloppant les courses devient la prison dans laquelle l’enfant s’étouffe. Indubitablement, elle devient marginale, elle fait froid dans le dos la sauvageonne mais moi je l’aime bien. Je la laisse faire ses petits dessins, sa fille est devenue la mère, la mère la fille. Elles recréent le monde toutes les deux, ensemble, la fille en tant que modèle, la mère peintre. C’est toute la culpabilité d’une enfance non-désirée, il ne fallait pas le dire, voilà, c’est dit, elle étouffe. L’ennui ennemi a fini sa course, maintenant c’est le cœur à l’explose pour vaincre le champ des possibles. S’amuser encore à greffer l’étrange, l’irréel, pour rompre la chaîne du temps. Le travail n’est plus routine, la routine n’est plus que du travail. L’horrible enfance est passée, le jeu des adultes sexués commence. Il faudra bien lui dire un jour que je l’aime pour ce qu’elle est, marions-nous, ayons des gosses, mourrons, et renaissons à nouveau. In utero, on sera directement emballés dans nos consommations d’adultes, on en ressortira déjà grand, le monde aura changé, un soleil nouveau se lèvera sur la terre.

19/08/2011

93. Ex.



C'était une question intéressante, et elle la posait en regardant les yeux sombres de son interlocuteur pour y déceler une part de vérité mystérieuse: "et vous, quel président aimeriez-vous en 2012?". Il n'était pas moins décontenancé par ses lèvres charnues qui brillaient, deux joyaux qu'on avait abandonné par mégarde sur la table. Ses mains posées à plat sur le tissu de la nape froissée. En quelques secondes il émit une réponse bref et concise: robin des bois. Elle s'inclina alors, ses lèvres se transformèrent en un sourire étrange, à mesure qu'ils se mettaient à parler, une tension sexuelle émanait de leur discussion. à la fin ils ne savaient plus quoi dire, il lui avait sorti un discours sur sa génération qui ne croyait plus en rien, élevée au robin qu'ils ne connaissaient plus, elle avait rétorqué que ce pays n'était pas si mal, d'autres étaient bien pires, avec des pires situations. Après un débat sur l'économie ils se mirent en marche tous les deux, quittant le bar où ils étaient attablés pour les couloirs de l'hôtel, il ne se rappelait plus très bien comment ça avait commencé toute cette histoire, c'était peut-être la première qui l'avait embrassé...

15/08/2011

94. Armageddon




J'étais dans les dramas, j'avais envie de rien, assis sur le canapé à regarder le temps au dehors qui filait. Le congé passait trop vite, la pluie stagnait, le froid rentrait. J'avais trop fumé, avalé quatre cafés depuis le réveil, mes paupières me brûlaient, mon oeil se faisait lourd. Pour changer; trop de sommeil en retard. Tim Burton me navrait chaque jour un peu plus. Mes lunettes de soleil ne m'allaient plus. Le pétard de la veille ramolissait dans le cendrier, l'excuse à la con de Magalie traînait sur la table basse au milieu des déchets, des emballages éventrés, de la cocaïne de Michael laissé là par mégarde. Plus tard dans la nuit, allongé dans mon lit à fumer sans trouver le sommeil, je repensais à la mort: "Il jouait du piano la nuit, des vieux airs qu'on retrace dans l'air avec un peu de goudron sur les plumes pour se faire croire qu'on était complice du meurtre. Les volets fermés, la porte grande ouverte pour laisser filer l'air. Il jouait à l'aveuglette, c'est à dire en fermant les yeux, du bout des doigts." Encore après, j'ai regardé par la fenêtre au travers du balcon les prostituées qui jouaient dans la rue, les démons qui galopaient ça et là, un bus coupant la nuit en deux dans la fraîcheur, la vie ressemblait à l'intérieur de son bus, l'hégémonie de la mixité, parfois du vide.

07/08/2011

95. Ionesco, journal en miettes



Je suis partagé entre les regrets et les remords. Il faut se décider, il faut choisir entre les regrets et les remords. On ne peut supporter deux choses à la fois. Le remords: je me sens coupable d’avoir fait du tort aux autres. Regrets: je me sens coupable d’avoir fait du tort à moi-même. J’abandonne les regrets pour les remords, puis les remords pour les regrets. C’est cela être emmuré, c’est cela la prison. Le matin, ce sont les regrets. Dès que la nuit tombe, voici les remords.

06/08/2011

96. it's really like you


Les musiques fatales qui se ressemblent toutes, le même air, les mêmes accords, à peu près les mêmes paroles. Elle me chuchotait à l'oreille en me tenant par les hanches disant mon amour mon amour sur la plage à en mourir mon lapin je t'aime roudoudou... Y'a le cri des enfants la nuit, les tristesses du lendemain, l'ennui à en mourir d'avance. 21 jours peut-être. Choisir son paragraphe avec soin, écrire jusqu'à l'épuisement. Un nouveau roman un nouveau roman un nouveau roman. Les seins de l'autre se trimballant sous la lune à minuit, le parlé d'une autre langue, du latin? non de l'espagnol qu'on croirait cubain. Un cigare aux lèvres, un dessin-animé dans la poche, l'adresse du club latino de la rue la moins connue de Michelet mais la recette d'une choucroute en guise de fête. J'ai toujours choisi avec soin mes dernières hypothèses, ce monde est surréaliste à fond quand on y pense avec douceur et sensibilité.




97. If I Were A Rich Man



La démarche légèrement teintée de désespoir, c'est à dire les épaules abattues, comme si elle portait le poids du monde entier sur son dos, elle remonta la rue de la soif. Par dépit, elle songeait souvent à se laisser tenter de rentrer dans l'un de ses restaurants, demandant un plat chaud fait de poissons pour la plupart. Elle n'avait malheureusement plus assez d'argent, alors venait le cafard, l'envie d'en finir d'un coup comme ça, se jeter du huitième étage (si dans cette foutue ville ça existe) ou un bol entier de pilules. Y'avait aussi la pendaison. Se jeter sous les roues d'un engin. Mille manières différentes d'en finir. Mais ce qui la tenait envie c'était le roman de la peur, un livre de 1800 pages reliées entre elles par du fil, dos plié, couverture semblable à du carton. Ce livre, elle l'avait bientôt fini, elle voulait déjà le relire. C'était comme si l'auteur avait enfin pu la comprendre dans toutes ses années de galère à balayer dans le moindre coin de la ville. Elle avait mal de partout, ne connaissait ni les grasses matinées ni les congés. Les vacances, c'était pas pour elle tout simplement. Il y'avait le livre, un point c'est tout. Le loyer à payer aussi. Les courses. S'occuper des enfants, pas un instant à elle. Les rumeurs de ses fils, d'ignobles assassins coureurs de jupons qu'elle avait délaissés parvenait parfois jusqu'à elle, elle faisait la sourde oreille, se replongeant dans sa lecture. Et Sonia qui revenait en boîtant, la mine déconfite, les paupières cernées de la nuit passée. Elle venait embrasser sa mère avant de se coucher aux aurores, sentant encore cette maudite odeur de sperme, de sang, d'alcool et de tabac froid qu'on chasse à renfort de parfum bon marché. Mais le livre, ah le livre, toujours le livre. Et un jour elle atteignit la dernière page, elle comprit qu'elle avait fait fausse route.