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30/09/2010

200. j'ai encore dans mes yeux tes étoiles


Soudain, devant ma table de travail, parce que tout y est en ordre et que j’ai du café chaud et une cigarette à peine commencée et que j’ai un briquet qui fonctionne et que ma plume marche bien et que je suis près du feu et de ma chatte, j’ai un moment de bonheur si grand qu’il m’émeut. J’ai pitié de moi, de cette enfantine capacité d’immense joie qui ne présage rien de bon. Que j’ai pitié de me voir si content à cause d’une plume qui marche bien, pitié de ce pauvre bougre de cœur qui veut s’arrêter de souffrir et s’accrocher à quelque raison d’aimer pour vivre. Je suis, pour quelques minutes, dans une petite oasis bourgeoise que je savoure. Mais un malheur est dessous, permanent, inoubliable. Oui, je savoure d’être, pour quelques minutes, un bourgeois, comme eux. On aime être ce qu’on est pas. Il n’y a pas plus artiste qu’une vraie bourgeoise qui écume devant un poème ou entre en transe, une mousse aux lèvres, à la vue d’un Cézanne et prophétise en son petit jargon, chipé ça et là et même pas compris, et elle parle de masses et de volumes et elle dit que ce rouge est si sensuel. Et ta sœur, est-ce qu’elle est sensuelle? Je ne sais plus où j’en suis. Faisons donc en marge un petit dessin appeleur d’idées, un dessin réconfort, un petit dessin neurasthénique, un dessin lent, où l’on met des décisions, des projets, un petit dessin à peine fou, soigné, enfantin, sage et filial. Chut, ne la réveillez pas, filles de Jérusalem, ne la réveillez pas pendant qu’elle dort.

Albert Cohen, le livre de ma mère

29/09/2010

201. histoire de la neige à travers les siècles


25/09: je vois la neige si haute en montagne, mais qui descend, bientôt accessible, alors les autres deviennent soudainement solidaires, on dit: "l'hiver est à notre porte" mais c'est faux. j'ouvre la porte de mon appartement au deuxième étage, au XXIème siècle cette expression est devenue totalement conne. j'ouvre donc cette foutue porte, je souhaite une bonne journée à ma voisine qui me découvre en boxer et t-shirt. elle doit me prendre pour un fou. après l'avoir saluée je constate, non, pas de neige sur mon sol. des chaussures alignées, ok, on a pas nettoyé les escaliers comme il faut, mais ça c'est courant, et une ampoule vacille dans le couloir.

après avoir refermé la porte, je m'interroge, par quoi remplacer cette fichue expression? "l'hiver est à nos roues" me semble plus adéquat, quoi que ma voiture n'est pas à deux milles mètres d'altitude, elle attend tranquillement devant chez moi, impatiente peut-être. il n'y a pas de neige à mes roues, c'est donc faux. l'hiver est à nos pieds sonne faux aussi, quoi qu'elle se rapproche un peu plus de la possibilité qu'aurait une personne naviguant en montagne, mais alors ça ferait dominateur, du genre "l'hiver ploie sous notre poids, nous sommes les grands dominateurs!" ce qui est faux, souvenez-vous des hivers passés de tous temps, des avalanches assassines au froid destructeur, combien de morts l'hiver a pu commettre?

non, au final ce qui est juste de dire c'est que "l'hiver est bientôt là" et encore, car, 29/10, je vois la neige reculer, disparaître, avec un peu de chance on plantera des cocotiers cette hiver en acceuillant Jessica Alba, se trémoussant en bikini pour manger des sushis sur la nouvelle plage, à la rive de la vallée qui sera devenu un immense lac bouillant, il est beau de rêver quand on aime pas l'hiver, non?

202. sans conséquence pour la suite


je ne sais plus où, ni quand, ni comment. un soir elle m'a souri, et c'était un peu de toi. ça me suffisait. mais maintenant ce n'est plus toi. jamais plus.


27/09/2010

203. ça c'est moi sans être moi


Alors son cœur battait au même rythme que le monde qui soudain emplissait sa petite chambre obscure. Il entrait en cortège par les fentes des volets, par les failles des murs. Il se déversait dans l’espace clos de sa chambre, s’y concentrait, il la pressait de toutes parts. Elle le sentait battre dans sa cage thoracique, frémir derrière ses paupières. Le ciel s’engouffrait d’abord, avec vents et nuages, puis les montagnes défilaient, enchaînées les unes aux autres, comme les perles d’un même collier qu’on aurait tiré sous sa porte, venait ensuite la pleine mer, et les murs gondolaient comme des buvards. La création entière se rassemblait autour d’elle, en elle, et la jeune fille devenait le ciel, les montagnes et la mer. Elle venait au monde et le monde venait à elle.
Mais sa mère ouvrait alors la porte et tout disparaissait.


je crois que c'était le coeur cousu mais j'sais pas bien...
je crois que j'étais mort pour rien.

204. parce que j'vous aime c'est vous mes autres


j'aime à vous prendre là au corps, vous cogner dans les tripes, si mes mots vous parlent plus qu'ils remuent au moins votre merde. j'aime à vous prendre là debout sur la table, au son de ma musique dégueu, si mes maux ne veulent rien dire laissez-moi les copier dans vos carnets, vous les aurez toujours en tête même quand vous vous trierez les poux. laissez les autres vous conter les repos, les silences, les amours, à la voix caverneuse teintée de pleurs, vous trouverez ça beau, vous m'oublierez, laissez-moi vous dire que ce sont mes mots que vous entendrez, et qu'ainsi si tout termine, ben demain, je vais revenir. Mais ça va passer hein, ça va passer...

205. tibia, péroné, cellules cancéreuse et au travail!


Il a neigé le 25 de ce mois sur les hauteurs. Tranquillement, les ombres se sont installées, la grisaille a soutenue les cîmes des arbres, quelque million de feuilles est mort ce jour-là. Dans la city qui me sourit y'a l'écho du passé, quand l'eau est gelée, quand l'eau gèle, qu'elle gelera encore. Cette époque, me dit la voix siffleuse, est révolue, n'ayons pas à laver nos morts dans les lavoirs pour rendre le linge plus blancs, arrêtons de cueillir nos poisons personnels l'été que nous consommerons tout l'hiver durant, perpétuant la mémoire de nos pères. Quelques chamois hagards, quelques vents qui font sonner les cloches des vaches, et la grisaille jusque dans nos télés, ce froid aussi qui fait moins fumer, remonter le col en se serrant les uns contre les autres car la mort de nouveau rôde, elle reprend possession de son royaume, ici elle est rêne flamboyant, virevoltant, majestueux.

Ainsi j'ai longtemps contemplé...

25/09/2010

206. Toi, de ton côté, n’interromps jamais un rêveur. Comment ne te haïrait-il pas?


Suicide en satellite.
Celui qui repassera sur cette orbite entendra d’étrange sons: sur des millions de kilomètres d’espace sans personne, un cosmonaute fantôme, sa préoccupation inapaisée, frappe perpétuellement un dernier message qu’on ne s’explique pas.

Henri Michaux, poteaux d'angle, etc...

24/09/2010

207. histoire de mon chat


Je dois à mon chat des kilomètres de flottes et aux femmes ma solitude. Je ne dois rien au monde, pas plus à lui le fait que ma maison est entrain de brûler, que ma vie part en morceaux, que je ne suis plus qu'une ombre. J'ai quelques poils roux pris dans ma barbe, au réveil c'est étrange de se sentir vider, de n'aller ailleurs plus que de fête en fête et tout recommence.

Je me vois, je me parle, avec le temps je deviens mon unique ami.

Comment peut-on aimer les tyrans d'ailleurs? je le conçois, je n'aime plus que les feux, de longues langues rougeoyantes qui lèchent le plancher de ma maison, qui brûlent les lattes, qui deviennent des trous dans les murs. Elles noircissent le peu qu'il reste de leur passage. Les photos disparaissent, toutes les preuves mêmes. Je ne sors de là que difficilement, j'avale ma dernière bière que j'ai sauvé juste à temps en profitant du spectacle, assis sur mon gazon pendant que la pluie battante finit de m'achever. Je tousse un peu aussi, j'ai choppé froid je crois. J'avale une lampée de ce breuvage étrange. Dans mes yeux on doit sûrement trouver un joli spectacle reflété à l'envers. Tout finit un jour par mourir.

Adieu mes livres, mes dessins, mes bandes-dessinées, mes dvd et mes cd. Adieu encore mes bons comme mes mauvais souvenirs. Adieu ma dernière compagne en date. Ne reste que mon chat blotti dans mes bras, ma dernière bière qui se vide, un paquet de clope qui s'humidifie. Et toute la pluie tombe sur moi. Toujours/encore, c'est selon.

19/09/2010

208. un peu maudit, un peu bandit, les musiciens racontent parfois


Succedeva sempre che a un certo punto uno alzava la testa… e la vedeva. È una cosa difficile da capire. Voglio dire… ci stavamo in più di mille, su quella nave, tra ricconi in viaggio, e emigranti, e gente strana, e noi… eppure c’era sempre uno, uno solo, uno che per primo… la vedeva. Magari era lì che stava Mangiando, o passeggiando, emplacement, sul ponte… magari era lì che si stava aggiustando i pantaloni… alzava la testa un attimo, buttava un occhio verso il mare… e la vedeva. Allora si inchiodava, lì dov’era, gli partiva il cuore a mille, e, sempre, tutte le maledette volte, giuro, sempre, si girava verso di noi, verso la nave, verso tutti, e gridava (piano e lentamente): l’America.
Alessandro Baricco, novecento: pianiste.

209. les plaines hurlantes


Dans les sifflements du vent qui faisait onduler les herbes hautes, il n'avait rien dit. Il se souvient seulement des bras de sa mère qui l'encerclait, alors qu'elle portait l'enfant, l'emmenant loin de la tragédie qu'elle avait connue de l'autre côté de la barrière. Ils s'en allaient, et le monde avec eux. Ils connurent des années de fuite improbables, le mystère se mélangeant au quotidien, puis le temps passa jusqu'au jour où il se demanda si tout ceci n'avait pas été une imagination de son esprit. Cette tragédie, avait-elle réellement eu lieu?