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09/06/2012

42. se souvenir des diables






Saint Malo sous la pluie telle que je l'ai toujours connue.
Cette salope odieuse me défie du regard, elle veut savoir si je suis encore capable.
Mais ai-je les bras encore assez fort?
Au début ce n'était plus ça, j'avais mes lunettes de soleil.
Mon paquet de clopes. Mes cafés en vrac tout au fond de mon sac. Et ma vieille bagnole.
Et puis le réconfort, la liberté, après le beau temps vient la pluie.
Après la chaleur trop intense de l'enfer vient les larmes du paradis.
Je fume je bois et je baise, me sortait JM l'autre jour, je crois qu'il avait raison.
J'étais simplement là, assis à même les pavés.
Sa voix se découpait dans le soleil tombant tel le profil de Tifenn sur la plage de Solidor.
A Saint-Servan, ma deuxième maison.
Cette curiosité troublante: se dire je suis chez moi.
Lire le scaphandre et le papillon, se dire que où qu'on aille on est toujours enfermé quelque part.
Mais parfois le scaphandre s'agrandit. Le locked-in syndrome dégage de là.

Alors on devient papillon pour une heure ou deux, et tout est possible.

43. je suis ombre, dit ton ombre, et je méprise la lumière



Me plaindrais-je de ce que telle montagne couvre telle frontière et non l'autre? Elle refuse, ici, avec le calme d'une paume, les tribus qui remontent du désert. Cela est bien. Je bâtirai plus loin, là où l'empire est nu, mes citadelles.
Saint-Exupéry qui avait tout compris, Citadelle.

44. les douloureuses

J'ai pris mon livre, continué à lire: J'ai fini par avoir des dialogues étranges: "Vous êtes communiste monsieur Kundera? - Non, je suis romancier." "Vous êtes dissident? - Non, je suis romancier." "Vous êtes de gauche ou de droite? - Ni l'un ni l'autre. Je suis romancier."




Puis le chat me pris sur son dos, et l'on rentra à la maison comme s'il ne s'était rien passé, sauf qu'on était sacrément beurrés tous les deux.

45. explication

explorer historiquement et psychologiquement les mythes, les textes sacrés, veut dire: les rendre profanes, les profaner. Profane vient du latin: profanum: le lieu devant le temple, hors du temple.
Milan Kundera, les testaments trahis...

46. vivre me saoule (Perros)







Organiser le voyage ou pas, partir au dernier moment puis se dire qu'il faut l'aventure pour oser l'impression d'en être changé. Tomber en panne, ici et là et vivre des péripéties du jour. Un parrain jamais connu que l'on retrouve, du sang dans les veines qui coulent tout doucement, le désir de s'organiser brutalement au dernier moment et toujours voir la mer. Mais chaque jour changer d'optique, un jour le sud et son soleil bien trop brûlant, l'autre jour la Roumanie un délire en voiture qu'on change à tout moment avec une personne en guise d'accompagnement - on est jamais sûr de qui on emmènera avec nous dans nos bagages.







Lire ou relire Bouvier quand il dit qu'un voyage se passe de motifs. Il ne tarde pas à prouver qu'il se suffit à lui-même. On croit qu'on va faire un voyage, mais bientôt c'est le voyage qui vous fait, ou vous défait.

Ne pas changer d'itinéraire(s), regarder devant, derrière, ce foutu rétro peut causer bien des remords d'incertitude. J'en ai connu de ces types qui partaient dans une longue agonie; un lent nuage de fumée. Puis c'est tout. Revenir avec le sourire aux lèvres mais revenir où quand partout ailleurs est un peu de chez vous? Je ne sais plus, je ne veux plus voyager, ni partir, mais je le veux oui, comme on l'annonce à tout le monde sur l'autel de la mairie. Fermer les yeux, se sentir de nouveau vivant avec ce souvenir quand on était sur la grande plage, les yeux fermés ou ouverts à contempler les étoiles dans le noir avec les sombres paroles de la méditerranée. Ne plus attendre, partir, partir loin sans revenir ici en tout cas avant un bout de temps.


04/06/2012

47. créer un message

aux premiers sons de la musique, dès les premiers instants du monde, au petit jour quand les rayons longs d'un soleil radieux se déploient sur la nature qui environne il faut écrire. Créer l'instant, lui dire que depuis que je l'ai connu, qu'elle est entrée dans ma vie... Marrant, mon premier souvenir d'elle elle était dans un rond-point, je gravitais déjà autour d'elle sans qu'elle ne le sache. Lier les mots poétisants aux affreux, aux obscurs, aux surréalistes: dire je t'aime mon amour ma colombe douce hirondelle sur la plage abandonnée... mais en fait penser que prendre un verre en sa compagnie aurait servi encore plus à me bombarder d'une souffrance amoureuse que mille clichés vétustes. Ne pas hésiter à faire des pauses, contempler les nuages qui s'agglutinent dans le ciel, que la tempête approche, que mon souffle sur sa peau ou ma main sur sa joue... il y a aussi le dangereux sens du regard qui fait naître les chimères. On danse avec elle, on nage avec elle, on peut se noyer en elle, elle peut nous écraser d'un bout du talon. Il faut faire très attention afin que les mots ne se retournent pas contre le créateur, ne pas parler des envies lourdes qui sommeillent au fond de la mer que nous sommes. Il faut oublier ces yeux d'océan pour lesquels on tordrait du fer avec les dents. Afin de remplir la page on peut parler de soi, dire qu'on est né quelque part, qu'on aimé dans un autre lieu, qu'on s'est brisés contre les lames funestes d'une autre chevelure qui n'était pas la sienne, elle s'est coupée les cheveux en quatre, ça tombe bien. on peut difficilement se comparer à elle, sa finesse en face de votre poids en trop, son long cou qui tend vers elle quand elle vous parle que vous aimerez sans aucun doute vous penchez dessus afin de l'embrasser. Vos caresses s'effacent, vos frustrations naissent. J'étais dans un champ quelque part occupé à le dévaler, elle courait dans l'autre sens, nous nous sommes croisés un hiver quelque part mais sans plus nous frôler que ça. Il fallait croire que l'infini pouvait tout être à la fois, le cosmos, l'infiniment grand, face au délicieux petit de ses épaules nues, dans sa main il y a une galaxie entière, son sourire est d'un autre monde, c'est une extra-terrestre qui débarque au milieu de la populace en liesse. Divine prédatrice qui n'en fait qu'à sa tête en cherchant l'amour au fond de la boîte de céréales. Les papillons sur les branches s'envolent, les oiseaux mangent les papillons, l'avion que je prends pour m'enfuir loin d'elle sème la pagaille tout en haut de ce faux miracle épuré. Dans l'avion attendre qu'on survole la mer, ou l'océan, éviter le continent, semer vos plus beaux mots, vos plus beaux vers, tout au fond d'une bouteille en verre. Attendre un peu, faire signe au pilote que ça y'est, c'est maintenant, qu'on survole le bleu, qu'on peut enfin s'essayer à effacer ses messages, son parfum collé au corps, son numéro de téléphone, tout ce qui traîne au fond de votre caboche. Puis retourner se rasseoir, tenter de dormir en attendant que l'avion s'écrase ou qu'il arrive à destination dans une autre ville qui verra le même soleil s'élever au petit matin. Alors il faudra recommencer d'écrire au doux son de la musique triomphante.

30/05/2012

48. un jour j'prendrais le large j'habiterais avec les poissons







Qu'un jour j'en sois connu on fera de moi, si je dis que je suis pauvre, un film de deux heures dix générique compris dedans et l'on me fera dériver dans les rues d'une ville que je hais dans un état de grâce juvénile habillé de haillons. Je serais déjà révolté contre la société, j'aurais tout compris, j'aurais même un double pour me parler comme mister G. Finalement le film fera pleurer les midinettes, mouillera les chattes et excitera les cinéphiles à deux balles, les futurs UMPistes de demain. Tremblez messieurs dames, je gagne à être connu.


49. Nadja qu'on lisait dans les bosquets







La magnifique lumière des tableaux de Courbet est pour moi celle de la place Vendôme, à l'heure où la colonne tomba.














André Breton, Nadja, folio, 73, F6, dessins et découpages originaux de Nadja, Impression Bussière à Saint-Amand (Cher), le 4 janvier 2008, dépôt légal: janvier 2008, 1er dépôt légal dans la collection: avril 1972, numéro d'imprimeur 72109, ISBN 978-2-07-036073-4./Imprimé en France (ce qui est une bonne chose quand on pense que ce n'est que des petits enfants orientaux qui ont fait les chaussures que vous avez aux pieds, bande de capitalistes!)














157458.


50. tu ne me dois rien














No man is an island [...] And therefore never send to know for whom the bell tolls; it tolls for thee.




51. on prend les mêmes et on commence...


J'ai froid, je referme ma veste, je regarde en l'air. Il ne se passe rien.
"Je sais que souvent je ne suis pas à la hauteur ou prèsente. & je sais aussi que je ne peux m'en prendre qu'à moi, foutue manie. Oui, je m'en rend compte. Il y a toujours ce moment où seul mon quotidien existe plus ou moins. Parfois tout me lasse, je renonce face à la charge que la vie dépose sur mon dos. Je n'oublie rien, je me trouve une bonne excuse pour justifier mes actes. Mais au final, je sais que t'en souffres et ça petit coeur je ne le veux pas. Puisque ma vie est tienne où plutôt que la vie est notre. Rien , tu entends?, rien ne déplacera la place infinie que tu as dans mon coeur."

Je devrais me confier oui peut-être. Et si je ne me rends pas compte qu'il se passe quelque chose à raconter? Je te rassure je n'ai rien de plus à raconter qu'une vie qui se mène en battant des ailes et parfois en tombant dans l'eau mais la petite libellule sans sort en poussant sur le fond.
 
J'ai des fins de toi difficile des jours ça veut pas rentrer.