Pages

09/06/2012

46. vivre me saoule (Perros)







Organiser le voyage ou pas, partir au dernier moment puis se dire qu'il faut l'aventure pour oser l'impression d'en être changé. Tomber en panne, ici et là et vivre des péripéties du jour. Un parrain jamais connu que l'on retrouve, du sang dans les veines qui coulent tout doucement, le désir de s'organiser brutalement au dernier moment et toujours voir la mer. Mais chaque jour changer d'optique, un jour le sud et son soleil bien trop brûlant, l'autre jour la Roumanie un délire en voiture qu'on change à tout moment avec une personne en guise d'accompagnement - on est jamais sûr de qui on emmènera avec nous dans nos bagages.







Lire ou relire Bouvier quand il dit qu'un voyage se passe de motifs. Il ne tarde pas à prouver qu'il se suffit à lui-même. On croit qu'on va faire un voyage, mais bientôt c'est le voyage qui vous fait, ou vous défait.

Ne pas changer d'itinéraire(s), regarder devant, derrière, ce foutu rétro peut causer bien des remords d'incertitude. J'en ai connu de ces types qui partaient dans une longue agonie; un lent nuage de fumée. Puis c'est tout. Revenir avec le sourire aux lèvres mais revenir où quand partout ailleurs est un peu de chez vous? Je ne sais plus, je ne veux plus voyager, ni partir, mais je le veux oui, comme on l'annonce à tout le monde sur l'autel de la mairie. Fermer les yeux, se sentir de nouveau vivant avec ce souvenir quand on était sur la grande plage, les yeux fermés ou ouverts à contempler les étoiles dans le noir avec les sombres paroles de la méditerranée. Ne plus attendre, partir, partir loin sans revenir ici en tout cas avant un bout de temps.


04/06/2012

47. créer un message

aux premiers sons de la musique, dès les premiers instants du monde, au petit jour quand les rayons longs d'un soleil radieux se déploient sur la nature qui environne il faut écrire. Créer l'instant, lui dire que depuis que je l'ai connu, qu'elle est entrée dans ma vie... Marrant, mon premier souvenir d'elle elle était dans un rond-point, je gravitais déjà autour d'elle sans qu'elle ne le sache. Lier les mots poétisants aux affreux, aux obscurs, aux surréalistes: dire je t'aime mon amour ma colombe douce hirondelle sur la plage abandonnée... mais en fait penser que prendre un verre en sa compagnie aurait servi encore plus à me bombarder d'une souffrance amoureuse que mille clichés vétustes. Ne pas hésiter à faire des pauses, contempler les nuages qui s'agglutinent dans le ciel, que la tempête approche, que mon souffle sur sa peau ou ma main sur sa joue... il y a aussi le dangereux sens du regard qui fait naître les chimères. On danse avec elle, on nage avec elle, on peut se noyer en elle, elle peut nous écraser d'un bout du talon. Il faut faire très attention afin que les mots ne se retournent pas contre le créateur, ne pas parler des envies lourdes qui sommeillent au fond de la mer que nous sommes. Il faut oublier ces yeux d'océan pour lesquels on tordrait du fer avec les dents. Afin de remplir la page on peut parler de soi, dire qu'on est né quelque part, qu'on aimé dans un autre lieu, qu'on s'est brisés contre les lames funestes d'une autre chevelure qui n'était pas la sienne, elle s'est coupée les cheveux en quatre, ça tombe bien. on peut difficilement se comparer à elle, sa finesse en face de votre poids en trop, son long cou qui tend vers elle quand elle vous parle que vous aimerez sans aucun doute vous penchez dessus afin de l'embrasser. Vos caresses s'effacent, vos frustrations naissent. J'étais dans un champ quelque part occupé à le dévaler, elle courait dans l'autre sens, nous nous sommes croisés un hiver quelque part mais sans plus nous frôler que ça. Il fallait croire que l'infini pouvait tout être à la fois, le cosmos, l'infiniment grand, face au délicieux petit de ses épaules nues, dans sa main il y a une galaxie entière, son sourire est d'un autre monde, c'est une extra-terrestre qui débarque au milieu de la populace en liesse. Divine prédatrice qui n'en fait qu'à sa tête en cherchant l'amour au fond de la boîte de céréales. Les papillons sur les branches s'envolent, les oiseaux mangent les papillons, l'avion que je prends pour m'enfuir loin d'elle sème la pagaille tout en haut de ce faux miracle épuré. Dans l'avion attendre qu'on survole la mer, ou l'océan, éviter le continent, semer vos plus beaux mots, vos plus beaux vers, tout au fond d'une bouteille en verre. Attendre un peu, faire signe au pilote que ça y'est, c'est maintenant, qu'on survole le bleu, qu'on peut enfin s'essayer à effacer ses messages, son parfum collé au corps, son numéro de téléphone, tout ce qui traîne au fond de votre caboche. Puis retourner se rasseoir, tenter de dormir en attendant que l'avion s'écrase ou qu'il arrive à destination dans une autre ville qui verra le même soleil s'élever au petit matin. Alors il faudra recommencer d'écrire au doux son de la musique triomphante.

30/05/2012

48. un jour j'prendrais le large j'habiterais avec les poissons







Qu'un jour j'en sois connu on fera de moi, si je dis que je suis pauvre, un film de deux heures dix générique compris dedans et l'on me fera dériver dans les rues d'une ville que je hais dans un état de grâce juvénile habillé de haillons. Je serais déjà révolté contre la société, j'aurais tout compris, j'aurais même un double pour me parler comme mister G. Finalement le film fera pleurer les midinettes, mouillera les chattes et excitera les cinéphiles à deux balles, les futurs UMPistes de demain. Tremblez messieurs dames, je gagne à être connu.


49. Nadja qu'on lisait dans les bosquets







La magnifique lumière des tableaux de Courbet est pour moi celle de la place Vendôme, à l'heure où la colonne tomba.














André Breton, Nadja, folio, 73, F6, dessins et découpages originaux de Nadja, Impression Bussière à Saint-Amand (Cher), le 4 janvier 2008, dépôt légal: janvier 2008, 1er dépôt légal dans la collection: avril 1972, numéro d'imprimeur 72109, ISBN 978-2-07-036073-4./Imprimé en France (ce qui est une bonne chose quand on pense que ce n'est que des petits enfants orientaux qui ont fait les chaussures que vous avez aux pieds, bande de capitalistes!)














157458.


50. tu ne me dois rien














No man is an island [...] And therefore never send to know for whom the bell tolls; it tolls for thee.




51. on prend les mêmes et on commence...


J'ai froid, je referme ma veste, je regarde en l'air. Il ne se passe rien.
"Je sais que souvent je ne suis pas à la hauteur ou prèsente. & je sais aussi que je ne peux m'en prendre qu'à moi, foutue manie. Oui, je m'en rend compte. Il y a toujours ce moment où seul mon quotidien existe plus ou moins. Parfois tout me lasse, je renonce face à la charge que la vie dépose sur mon dos. Je n'oublie rien, je me trouve une bonne excuse pour justifier mes actes. Mais au final, je sais que t'en souffres et ça petit coeur je ne le veux pas. Puisque ma vie est tienne où plutôt que la vie est notre. Rien , tu entends?, rien ne déplacera la place infinie que tu as dans mon coeur."

Je devrais me confier oui peut-être. Et si je ne me rends pas compte qu'il se passe quelque chose à raconter? Je te rassure je n'ai rien de plus à raconter qu'une vie qui se mène en battant des ailes et parfois en tombant dans l'eau mais la petite libellule sans sort en poussant sur le fond.
 
J'ai des fins de toi difficile des jours ça veut pas rentrer.

52. le jeu des perles de vert







je suis mort un premier novembre de l'an 2...

c'était sur la route, sur toutes les routes d'ailleurs.
Alors j'ai recommencé à vivre, j'ai fustigé mes idées noires, j'ai voulu réapprendre. Mais on ne peut pas réapprendre à aimer une femme. C'est impossible. Et pourtant j'avais confiance en elle, je lui en voulais d'être la seule, l'absolue nécessité, j'étais le fou.

Ma cousine, brave cousine aux cheveux blonds, elle m'a dit une fois que je n'avais jamais été amoureux, elle ne m'avait pas connu au temps de S. ni en d'autres lieux, car les lieux y sont pour beaucoup dans l'apprentissage de l'amour.

Alors j'ai recommencé mes erreurs, le jour où l'on m'a quitté pour la deuxième fois. Mais je n'ai plus rien compris à cette enfant qui se voulait joueuse et espiègle et qui ne souffrait d'aucun mâle. Je l'ai voulu dans mes bras, elle s'est échappée. J'ai lu cent ans de solitude, elle est revenue. J'ai appris à fermer ma bouche, elle m'en a voulu, j'ai parlé, elle m'a dit que c'était fini. Valait mieux en rester là.

Je ne saurai jamais le fin mot de l'histoire, c'est ma haine de chien aveugle qui écrit, ce sont mes mots distillés dans du venin, et pourtant je continue d'en vouloir qu'à moi-même pour rien. Puisque c'est elle qui a choisi de se renfermer, de ne rien comprendre, et que c'est elle qui a voulu l'amertume d'un passé sans passé.







Jack me manque parfois.

29/05/2012

53. l'excuse perverse du cendrier



Le corps serre à la rivière
Il ne m'a jamais fait ça
Pas encore l'heure du drapeau
Le froid souffle l'herbe sèche
L'eau sombre frappe, souffle
Souffle la fontaine
Me prend jusqu'à l'os
En pleine veine depuis hier
Mon petit boyau appuyé là
Je viens de détacher l'eau
J'accompagne mes pulls rêches
Pour leur donner un nouveau souffle
A la fontaine fontaine fontaine
Me prend jusqu'à l'os

54. l'Histoire de la Colonne Infâme







puisque j'imagine dressée en moi la colonne infâme de tant d'innocents meurtris, leurs voix rocailleuses à jamais perdues clamant d'un italien qui se voulait langue d'amour des maux d'un seul homme s'exprimant, Parini, et que je reprend ici:














Quando tra vili case e in mezzo a poche







Rovine i' vidi ignobil piazza aprirsi.







Quivi romita una colonna sorge







In fra l'erbe infeconde e i sassi e il lezzo.







Ov'uom mai non penetra, però ch'indi







Genio propizio all'insurbe cittade







Ognum rimove, alto gridando: lungi,







O buoni cittadin, lungi, che il suolo







Miserabile infame non v'infetti.














(...Entre ces maisons abjectes et au milieu de ces ruines chétives, je vis s'ouvrir l'odieuse place. Là une colonne se dresse solitaire parmi les herbes stériles, les pierres et la fange, où nul homme ne pénètre; car un génie propice aux cités lombardes en écarte chacun, en criant: Arrière, ô bons citoyens, arrière, de peur que le sol maudit ne vous souille de son infâmie!)














Alessandro Manzoni, à lire l'âme forte.


55. le jeune homme et l'amer

je lui ai dit quitte-moi fais le premier pas, en introduction. elle était désemparée, nous venions de nous rencontrer, ou de nous trouver. quelque part en route j'ai changé de stylo pour continuer de l'écrire. Elle avait le visage plein d'encre et je lui disais "soyons fous" en rajoutant de suite "enfin surtout toi, moi je le suis depuis longtemps". Je crois qu'elle m'a souri. en ce temps-là j'avais de l'art sous la peau, elle des yeux revolvers qu'on ne fait plus dans aucune usine d'Europe Centrale. Je lui ai demandé où elle m'habitait, elle a fini sa phrase par "et toi?" mais moi j'habitais dans toutes les maisons, j'étais dans toutes les chambres, tous les salons, j'avais faim et j'avais soif, je voulais vivre à l'infini la moindre de ces sensations qui parfois finissent en souffrance. je l'invitais au cinéma comme on propose à des potes de leur mettre le couteau sous la gorge mais je l'aimais beaucoup trop.