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06/06/2011

103. les petites illusions font les grands ennemis


Hier j'étais dans les limbes, cette espèce de boîte branchée à la mode ou quelques gamines péroxydées viennent s'agiter dans l'espoir de se faire troncher juste après. Mauvais whisky et interdiction de fumer, sueur rance, que demander de mieux? J'écoutais des sons saturés, des airs rock javellisés, des morceaux hybrides frisant l'incontinence verbale, c'est à dire une phrase qui sauve le reste, passée en boucle. Dans notre société de consommateurs avertis ou non, sièges et tables n'existent plus, il faut s'user à la chaîne, on pousse tout le monde sur la piste de danse, si tu peux aussi oublier plusieurs billets en pleurant sur la barmaid bien trop bonne pour le pauvre nabab que tu es, c'est mieux. Alors la part animale se déchaîne, on saute de jeunes vierges sodomites dans le noir en priant qu'elle ne remarque pas une fois que la lumière est revenue à quel point l'être humain est laid, que ce viol consenti n'en est pas un, que tout est illusion. On reprend route, on se couche dans les draps moisis de la veille avec cette odeur de cyprine qui galope de l'entre-cuisse jusqu'à tes doigts la tête remplie de souvenirs de oh! et de ah! Mick Jagger est bien mort, son fantôme s'agite lentement sous ton nez, on a démembré son cadavre pour l'exposer dans tous les médias, sur la terre comme au ciel flotte encore dans l'air les vieilles molécules radioactives du matin: nous sommes les véritables enfants de l'atome, ne vous trompez plus.

05/06/2011

104. citons


Quand on lit trop vite ou trop doucement, on n’entend rien. Pascal.

105. les deux hommes



Le dimanche, Jean jouait au foot. Il aimait la dépense d'énergie, les muscles qui se soumettent à l'effort, le développement de son corps mais aussi cette vanne qui s'ouvrait dans son esprit, qui le canalisait, lui qui avait un tempérament de feu, il fallait bien le dire. Il venait d'emmenager avec Cynthia, son esprit s'évadait sous des montagnes de responsabilités, alors il fallait répondre à tel message, remplir ce formulaire, payer les dettes de cette foutue maison qu'il avait voulu, pour lui faire plaisir, au plus près des racines familiales de sa femme. Et puis, ce nouvel environnement, lui ouvrait la possibilité d'un foot en commun avec toutes les personnes du quartier, c'est à dire des voisins aussi bien que des amateurs attentionnés de l'autre bout de la ville qui venait se disputer la balle. L'ambiance était bon enfant au début, sans prise de tête. On venait pour s'amuser, se détendre, rien d'autre. Ces certitudes s'écroulèrent le neuvième jour quand, au détour d'une visite, il aperçut un homme au regard perdu, grand, brun et sec. D'allure basané, l'étrange individu scrutait Jean avec attention, il ne tarda pas à comprendre qu'il s'agissait de l'ancien amant de sa femme et tout au fond de lui à lui vouer une haine viscérale. L'autre s'appelait Adam, le Premier Homme, il était encore amoureux au fond de lui, c'en était certain. Jusqu'à la semaine dernière ils s'ignoraient en bonne et due forme, leur confrontation s'exerçait qu'en dehors du terrain, au moment de se dire aurevoir, lui le supporter saluant l'équipe, les deux hommes dans une poignée de main, se jaugeant l'un et l'autre. Ce soir-là, Adam prit position dans les vestiaires à la mi-temps, il prit place en face de Jean et tous les deux se parlèrent avec la plus grande franchise du monde. ce qui a pu se dire ce jour-là reste encore dans la confidence, dieu seul sait de quoi il s'agit, mais Jean se conforma peu à peu à de petites confidences sur sa femme, il s'habitua d'entendre ce qui se disait sur sa femme, avant, celle d'avant, celle qu'elle était toujours sous cette couche de bonne famille. et en grattant bien, il pu remettre à jour la vilaine, hors cette histoire ne prend pas fin là, elle se poursuit encore sur le terrain inexploré, sur des gazons fraîchement tondus jusque dans vos maisons, elle envahit tout, telle une marée noire galopante sur un petit village, le rasant de tout. Cette histoire a détruit des familles entières.

02/06/2011

106. mélancolique aigue


T'avais imaginé ton petit spectacle de clown, tes galeries finement diaboliques pleines de pièges, des expos à tout va pour finir dans les bras du monde, une petite musique classique en intro, peut-être un air de piano mélancolique qui planerait sur l'assistance comme le jambon peut se figer en remplissant les banquets. Au menu il y avait des petits fours, du champagne, quelques légumes bio. Un film devait passer à 23h, avec un documentaire retraçant ta vie de merde juste avant "S. est né dans cet espace-là, il reviendra en mai dix ans plus tard pour se faire autant chier, pour céder à l'ennui il décide de devenir dieu" le film suivant sera le tien, le tien oui, quelques caméras gesticulantes sur des plaies usées, un jeu d'acteur pourri jusqu'à la lie servi par de jeunes smicardes en talons hauts que tu as sauté juste avant le tournage en te donnant un air césarien. Tu sais sauver les gens, mais sauras-tu te sauver toi-même? j'en doute...



Espèce de pompier du dixième art, je te revois figé dans l'instant, ton petit film de merde avec quelques répliques justes quand l'autre, se replaçant une mèche, clame devant l'écran comme s'il s'agissait de miroir "je suis la plus insupportable des femmes, je suis pierrot lunaire aussi" des délices dans la gueule puante d'un crocodile, ai-je confié à celle qui m'assistais et ne m'assisteras plus, je suis usé jusqu'à la corde, je vais bientôt tomber, je me fige aussi, puisque tout se fige.





Puis ton château de cartes s'est effondré, tu l'avais monté si proche de la fenêtre que la finalité en fut logique, parfois je te revois, errant sans le sou, triste d'avoir cru à un rêve impossible, sais-tu que la renommé ne sont pas pour nous, les fils de pute?

01/06/2011

107. le livre de ma mère et de celle d'Albert Cohen



Elle ne parle plus, celle qui parlait si gentiment. Elle est piteusement finie. On l’a ôtée de mes bras comme en rêve. Elle est morte pendant la guerre, en France occupée, tandis que j’étais à Londres. Tous ses espoirs de vieillesse auprès de moi pour en venir à cette fin, la peur des Allemands, l’étoile jaune, mon inoffensive, la honte dans la rue, la misère peut-être, et son fils loin d’elle. A-t-on su lui cacher qu’elle allait mourir et ne plus me revoir? Elle l’a tant répétée, dans ses lettres, cette joie du revoir. Paraît qu’il faut louer Dieu et Le remercier de Ses bienfaits.

31/05/2011

108. the event



Elle est là tout près, alors elle est aussi là, toute proche de mon cerveau. De retour dans mes entrailles, la voici qui hurle plus belle la vie autour de mes veines prêtes à exploser. "Toute la journée je n'ai fait que penser à elle" n'oserais-je jamais me l'avouer, alors je l'écris pour le faire passer en douce. La pilule ainsi semble moins amer. Mes mains d'aujourd'hui sont défigurées par les coups de semonce de mes souvenirs contre les murs. Lancé à toute vitesse sur des routes trempées, masquant mes odeurs dans des cigarettes que je me promets tous les jours d'arrêter. La vie à grands frais. Elle est là, proche, dans les actualités c'est marqué ses heures de connection, je pourrais lui parler, je pourrais oui... Mais la voici redevenue distante, me voici redevenu fantôme, nous voici redevenus étrangers. Un instant j'ai failli rompre l'atome. Un instant seulement.

29/05/2011

109. Hughette







Ah mais oui c'est beau, elle pourra toujours me dire d'aller me faire foutre je galoperai dans un sens, chien fidèle au sortir d'une boîte à partouze qui en vient à pourlécher ses mégots, savez-vous monsieur/madame que le parti communiste... non il est trop tôt pour parler d'amour. Le consumérisme est l'opium du petit peuple, acheter plus pour gagner moins, faîtes confiance au capitalisme qui se trouve jusque dans le sexe des femmes! L'amour est une marque, autant que mes whisky différents, tout se consumme tout se consomme, nous sommes les moutons dociles de nos enfances que nous tentions de compter jusqu'à l'usure de la nuit glacée par manque de chauffage, la lucidité consiste à l'emprisonnement, l'embrigadement commence dès la maternelle, il nous faut acheter pour nous sentir vivant, il nous faut adorer pour acheter, il nous faut aimer pour se sentir libre bien qu'entravé de la tête au phallus. Nous sommes des bureaux d'archivage d'un passé révolu, nous sommes surréalistes au possible, nous ne sommes plus de ce monde mais bien de chez l'autre; l'aristocratie est votre nouvelle femme, que vous la trompez ou non, c'est du pareil au même, elle est une vieille putain jalouse de votre sang qui coule par intraveineuse dans des tubes moisis, elle est jalouse de vos pensées, elle est jalouse de ce qu'elle n'a pas. Cette vieille putain est dotée du troisième sexe qui bande mou pour mieux vous défoncer les orifices, mais ne voyez-vous pas que cette chimère bouffie n'a laissé de vous qu'une petite trace à l'avant d'un pare-brise sur la grande autoroute mondiale?

28/05/2011

110. mes envies demeurent



J'attends vos angoisses, je les absorbe comme une éponge, la nuit je me couche dans votre soie que je brûle le lendemain matin avant de partir sous un soleil resplendissant d'un autre monde. J'emmerde les pétasses séculaires enveloppées dans du rose-qui-n'est-pas-rose, elles ressemblent toutes à des chamallows informes, c'est navrant cet esprit de mouton. Je vomis mes tripes après des whisky à sept euros pièces dans des fiestas infâmes loin de vous, de vos idoles, de vos corps meurtris par les souillures de la veille. J'étais moi aussi dans cette soirée, j'ai vu les femmes belles que je n'aurai jamais, j'ai senti de leur corps la chaleur démoniaque qui exultait. Je pleurais au fond de moi le manque de condescendance, mais savez-vous gentes personnes qu'avant j'étais aussi un démon? c'est surprenant, n'est-il pas? J'étais un démon pire encore que vos ex réuni(e)s, croyez-moi. Et maintenant j'erre les mains dans les poches ma sale gueule dans des soirées branchées de vos cerveaux débranchés en me disant que la vie fait bien son oeuvre à me punir de la sorte, je souffre, je pisse, je bois, j'éjacule... Vos soirées sont énormes, ridicules à souhait, vos discussions me navrent, je me désole de perdre mon temps de la sorte, je me rassure en me disant que la prochaine fois j'écouterais mon instinct, fuis, va t'en, sors de là.

20/05/2011

111. cancer de la peur



de la guerre, ne me remerciez pas.

27/04/2011

112. mes prisons sont renouvellées



Comme toujours je ne sais pas et j'hésite, je tourne en rond en avalant la fumée, je la recrache, je me ressers encore un whisky bien tassé dans un fauteuil bon marché qui traîne sur le balcon, j'attends que les longues minutes inquisitrices passent. J'ai un livre dans mes mains, mes lunettes par n'importe quel temps, je lis les préambules, les gros titres à caractère gras "histoire de mes assassins - l'île des revenants - 2666 - le coran". Y'a des nuages dans le ciel ma clope qui s'éteint, des jolies fesses sur mon balcon à ne plus savoir qu'en foutre. Je proclame ivre mort: "je suis un grand littérateur devant l'éternel!" à l'autre de s'excuser: "pardon? vous disiez?" elle reprend sa saine lecture de gare pour ne pas se permettre, se donner le droit, invoquer ma réponse je-m'en-foutiste. Je suis déprimé, ce monde me laisse froid, je quitte celui-ci pour les chimères du noir sur blanc. Calmement. Et comme personne ne répond je rentre à l'intérieur, je donne un coup de pied dans une boîte en carton posée à l'emplacement initial, paré pour être éjecté sur la lune. Mon chat est dressé en sentinelle bienveillante sur le rebord de ma chambre. Je lui ouvre, il se glisse à l'intérieur, se frotte à mes jambes tandis que des deux mains je fouille la bibliothèque familiale transportée là on ne sait pas trop comment. Je fouille de livre en livre, furieux, reprenant les pages annotées d'une voix forte: " L’inquiétante étrangeté provient de ce qui, secrètement, n’est que trop familier et donc, refoulé. Sigmund Freud. Si vous vouliez, pour vous je ne serais rien, ou qu’une trace. André Breton, Nadja. L’humour est la grande invention de l’esprit moderne. Paz." Alors c'est la sueur coulant le long du front, les envolées musicales de Beethoven aux Sex Pistols. Miaou fait le chat, que fais-tu? demande-t-elle, miaou dit-il encore, t'es fou ou quoi ronronne-t-elle en se frottant contre ma jambe. Et moi de continuer: "Le plus grand art nous ramène toujours à la vulnérabilité de l’existence humaine. Francis Bacon." Essouflé que suis-je tombe à la renverse et miaou et qu'est-ce qu'il t'arrive mon amour de chat? et aussi appelons l'ambulance, voix de chat à l'autre bout du combiné qu'on me passe "monsieur, êtes-vous conscient? dîtes-moi quelque chose si c'est le cas, n'importe quoi ou tentez de respirer fort." J'ai compris pensais-je à l'instant, en un éclair on me jette dans une ambulance sirène forte lancée à pleine vitesse alors que miaou la femme parmi les femmes me donne la patte. Je suis sur le point de mourir, les urgences, les transfrusions d'idées et de sang, le donneur d'organes, le refoulé psychiatrique, la petite demeure des derniers grands, la toute fin, le dernier souffle après une reprise du disque dur crashé; les mots fusent, le regard s'appaise, le goutte-à-goutte syndical. Smith vient me voir pour me donner du courage. Il me sert très fort la main, je crois qu'il me la broie. Il me traite de connard, m'engueule "je n'avais pas le choix, je l'aime, t'es un connard, t'étais censé être le méssie, tous nous sauver" et patate-i-et-patate-a. J'ai du sang qui coule dans mes veines encore alors je me repose, je ferme les yeux, je transcende les barrières, bientôt je me réveillerai, je vais expliquer ça calmement, c'est la fin du monde. Les paradis perdus.