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05/06/2011

105. les deux hommes



Le dimanche, Jean jouait au foot. Il aimait la dépense d'énergie, les muscles qui se soumettent à l'effort, le développement de son corps mais aussi cette vanne qui s'ouvrait dans son esprit, qui le canalisait, lui qui avait un tempérament de feu, il fallait bien le dire. Il venait d'emmenager avec Cynthia, son esprit s'évadait sous des montagnes de responsabilités, alors il fallait répondre à tel message, remplir ce formulaire, payer les dettes de cette foutue maison qu'il avait voulu, pour lui faire plaisir, au plus près des racines familiales de sa femme. Et puis, ce nouvel environnement, lui ouvrait la possibilité d'un foot en commun avec toutes les personnes du quartier, c'est à dire des voisins aussi bien que des amateurs attentionnés de l'autre bout de la ville qui venait se disputer la balle. L'ambiance était bon enfant au début, sans prise de tête. On venait pour s'amuser, se détendre, rien d'autre. Ces certitudes s'écroulèrent le neuvième jour quand, au détour d'une visite, il aperçut un homme au regard perdu, grand, brun et sec. D'allure basané, l'étrange individu scrutait Jean avec attention, il ne tarda pas à comprendre qu'il s'agissait de l'ancien amant de sa femme et tout au fond de lui à lui vouer une haine viscérale. L'autre s'appelait Adam, le Premier Homme, il était encore amoureux au fond de lui, c'en était certain. Jusqu'à la semaine dernière ils s'ignoraient en bonne et due forme, leur confrontation s'exerçait qu'en dehors du terrain, au moment de se dire aurevoir, lui le supporter saluant l'équipe, les deux hommes dans une poignée de main, se jaugeant l'un et l'autre. Ce soir-là, Adam prit position dans les vestiaires à la mi-temps, il prit place en face de Jean et tous les deux se parlèrent avec la plus grande franchise du monde. ce qui a pu se dire ce jour-là reste encore dans la confidence, dieu seul sait de quoi il s'agit, mais Jean se conforma peu à peu à de petites confidences sur sa femme, il s'habitua d'entendre ce qui se disait sur sa femme, avant, celle d'avant, celle qu'elle était toujours sous cette couche de bonne famille. et en grattant bien, il pu remettre à jour la vilaine, hors cette histoire ne prend pas fin là, elle se poursuit encore sur le terrain inexploré, sur des gazons fraîchement tondus jusque dans vos maisons, elle envahit tout, telle une marée noire galopante sur un petit village, le rasant de tout. Cette histoire a détruit des familles entières.

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