Pages

13/06/2012

32. WOMEN

Ramasser les oiseaux morts tombés à terre, balayer le sol de nos cendres. J'ai erré de la cave au grenier à la recherche de toutes ces femmes qui te ressemblaient. Dans toutes j'entrevoyais une lueur, cette étincelle étrange qui me faisait penser à toi. Tu étais assise à chaque siège, l'ombre des effacés prenait ton odeur, la clarté des gestes de cette fille aux yeux clairs t'appartenait. J'ai fumé de trop, j'ai bu de trop, je vis des excès que tu m'infliges pour continuer à croire en toi. Tu es donc un genou serré sur le mien, une main qu'on passe dans les cheveux, la voix d'une femme balancée sur un piano, le rire qui tonne à mon flanc gauche, l'alcoolique des fins de bar, les pieds qu'on range sous la table parfaitement sages. Je t'ai reconnu dans un sourire, elle avait quinze ans peut-être seize. L'autre aussi avait un peu de toi, même la noire magnifique tout au bout d'une tablée de convives porte en secret ton feu brûlant. Quand nous avons fui la soirée en compagnie de M. j'avais ton silence lourdement armé à mes bottes, sa main dans la mienne était la tienne, son corps nu contre le mien était un peu de toi... envolé dans le petit jour quand le soleil vint démasquer la supercherie. J'ai continué à croire en toi, mais tout était amer. M. n'avait plus rien de magique, les autres non plus. Mais les femmes étaient toutes belles, toutes charmantes, toutes celles que je croisais n'avait plus rien de toi. Tout avait un goût nouveau, une nouvelle odeur, de nouvelles sensations. Je renaissais partout, entre les pavés jusqu'aux grandes citadelles moribondes. Je voyais le soleil, j'avais la mer, je rentrais déconfit d'une soirée, abîmé de partout, sale, puant, la barbe bien crade, de grosses lunettes cachant mes cernes, mes vêtements froissés, mais à cet instant oui, j'étais beau à l'intérieur.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire

overdose(s)